« Près d’un cheminot sur deux » était en grève ce mercredi, selon Thierry Nier, secrétaire général de la CGT Cheminots. Un TGV sur trois n’a pas circulé, ainsi qu’un Intercité sur deux. Les quatre syndicats représentatifs de la SNCF (CGT, SUD-Rail, UNSA et CFDT) étaient à l’initiative de cette grève de 24 heures. Ils revendiquent une hausse générale des salaires ainsi qu’une amélioration des conditions de travail. 

Dégradation des conditions de travail

Ces dernières années, les conditions de travail se sont nettement dégradées à la SNCF. Les réorganisations successives et les réductions d’effectif ont entraîné une hausse de la souffrance au travail. Depuis janvier 2026, treize cheminots ont mis fin à leurs jours. Les arrêts maladie liés à la santé mentale ont augmenté de 40 % sur cinq ans, tandis que les accidents du travail ont progressé de 15,9 % entre 2024 et 2025. 

En 2018, la réforme ferroviaire a acté l’ouverture à la concurrence du secteur ferroviaire en France : la SNCF ne dispose donc plus du monopole de l’exploitation des lignes de chemin de fer. Dès lors, la direction de l’entreprise a augmenté les cadences de travail, réduit les effectifs et exigé davantage de polyvalence de la part des salariés. 

Aujourd’hui, la direction poursuit ses attaques à travers la filialisation de l’entreprise. La SNCF crée des filiales à l’échelle locale afin de répondre aux appels d’offres visant à attribuer l’exploitation des réseaux régionaux. Les filiales de la SNCF ont jusqu'à présent remporté l'ensemble des appels d'offres : la création d'entités juridiques distinctes est en réalité une stratégie de la direction pour contourner les acquis sociaux liés au statut de cheminot. Les 35 heures sont progressivement remises en cause et l'organisation du temps de travail est plus « flexible ». Concrètement, les 27 000 cheminots transférés dans ces nouvelles structures disposeront de « moins de jours de repos et de journées de travail plus longues », comme l'explique Julien Delion, secrétaire du syndicat CGT-Cheminots de Bayonne, au média TV5 Monde.  

Cette année, la direction a enregistré des profits records avec 1,8 milliard d'euros de bénéfices en 2025. L'augmentation de la productivité des salariés, le nombre croissant d'usagers et la hausse des prix des billets expliquent ces résultats. Les chantres de la privatisation qui affirmaient que la concurrence allait faire baisser les prix, sont aujourd'hui contredits par les faits : les prix des billets Ouigo ont augmenté de 73 % depuis 2017 !

Le 10 juin, et après ?

Face à l’inflation, les syndicats revendiquent une hausse générale des salaires, la revalorisation des primes et des indemnités ainsi que l’octroi d’un véritable 13ème mois. Ces revendications sont portées pour tous les cheminots : titulaires et contractuels.

Nous soutenons l’ensemble de ces mesures, mais ajoutons que les syndicats devraient intégrer la lutte contre la filialisation dans les revendications, car elle constitue une attaque en règle contre les conditions de travail.

Cette journée de grève très suivie a permis de sonder la combativité des cheminots et doit être le point de départ pour durcir la lutte. Pour vaincre, les cheminots devront construire une grève reconductible, solide et massive. Comme l’ont encore montré les derniers mouvements victorieux – notamment chez Geodis, autre filiale du groupe SNCF – c’est la seule stratégie qui permet de l’emporter contre le patronat. 

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