À 28 ans, j’ai décidé d’entamer une reconversion professionnelle dans le milieu de l’informatique. Intéressée par les nouvelles technologies, je cherchais un travail avec plus de sens, dans lequel je pourrais apprendre à développer des outils utiles pour la société, tout en étant mieux payée. Mes quelques expériences dans le développement informatique m’avaient paru très ludiques, et l’idée de retrouver ce plaisir dans mon travail me rendait enthousiaste.

Ma déception fut à la hauteur de mes attentes. Mes espoirs ont fini par se heurter à la réalité d’un secteur entièrement guidé par le profit. Travail aliénant, tâches fragmentées et chronométrées, formation bâclée… Après six mois de travail, j’ai fini par tomber dans l’épuisement professionnel.

La crise du marché de l’informatique

Trouver une alternance n’a pas été simple. Le marché de l’emploi de l’informatique traverse une crise profonde. Les entreprises ont largement réduit leurs investissements dans les projets tech, qu’elles jugent trop risqués dans le contexte économique actuel. Après avoir embauché massivement entre 2019 et 2022, elles ferment aujourd’hui les recrutements : depuis 2023, en France, les offres d’emploi pour les développeurs ont chuté d’environ 80 % !

Le développement de l’intelligence artificielle accentue cette tendance. En réduisant le temps nécessaire pour accomplir certaines tâches, elle diminue le besoin d’embauches et tire les salaires vers le bas. Les entreprises préfèrent aussi privilégier des développeurs sachant déjà utiliser l’IA, plutôt que d’avoir à former de nouveaux développeurs.

Faute d’étudiants ayant trouvé une entreprise prête à les prendre en alternance, la formation dans laquelle je m’étais inscrite a été supprimée. Je me suis alors retrouvée dans un cursus demandant des compétences supérieures aux miennes : j’ai dû rattraper en deux mois et demi ce que d’autres apprennent en un an !

J’ai tout de même pu trouver une alternance dans une agence de communication d’une trentaine de salariés, dont cinq appartiennent à la branche numérique. Mon travail consiste essentiellement en des tâches de support : maintenance et sécurité des sites de nos clients, correction de bugs, petits développements à la marge. Nous gérons une cinquantaine de sites internet.

« le temps, c’est de l’argent »

Dès le début de mon apprentissage, j’ai été confrontée à une réelle problématique : le développement informatique est un métier technique qui demande du temps pour se former, lire, faire de la veille, se tromper, corriger… Mais dans mon agence, le temps, c’est de l’argent ! À chaque nouvelle tâche, je dois estimer le temps nécessaire pour la réaliser, puis lancer un chronomètre afin de vérifier que mon travail « rentre dans les coûts » facturés aux clients.

C’est stressant, mais surtout avilissant : cela nous pousse à juger en permanence notre propre productivité, au détriment du sens de notre travail. Et si nous ne sommes pas assez rapides, le patron ne manque pas de nous rappeler que nous ne sommes pas « rentables » ! Mon envie de concevoir est remplacée par des tâches de support technique à la chaîne. J’interviens chaque jour sur cinq à dix problèmes différents afin de régler des bugs dont je ne comprends ni le sens ni le contexte. Cette course ne me permet ni de développer correctement mes compétences, ni de m’approprier les projets. Je me retrouve à devoir être rentable avant même d’être formée…

Mon tuteur n’a pas le temps de m’aider : l’équipe est submergée et lui-même tombe régulièrement en arrêt maladie pour épuisement. Nous sommes en autonomie complète, sauf lorsqu’il s’agit de nous demander où en est le paiement des factures des clients de la boîte… Aucun membre de l’équipe n’est commercial ; pourtant, c’est à nous de trouver de nouveaux contrats. Il m’est même déjà arrivé de devoir convaincre des clients d’accepter des devis, alors que ce n’est absolument pas mon travail !

Chaque année, le patron rappelle aux équipes que l’équilibre économique de l’agence est en péril. Pourtant, chaque année, l’agence est bénéficiaire. Il le fait exprès pour nous rappeler que nos postes ne sont pas acquis et que nous devons travailler davantage pour conserver notre emploi.

Des avantages ? C’est bien simple : dans l’agence, il n’y en a pas, à part peut-être la prime de vacances, obligatoire, mais que j’ai dû réclamer car elle avait été « oubliée » ! Il n’y aura pas d’ouverture de poste à la fin de mon alternance. La seule perspective pour poursuivre dans l’entreprise serait de refaire une alternance, afin de continuer à m’exploiter à bas coût.

Mon expérience n’a rien d’exceptionnel. Dans des dizaines d’entreprises du numérique, les mêmes logiques dominent : rentabilité maximale, sous-investissement, intensification du travail et culpabilisation des salariés. L’informatique, autrefois présentée comme un secteur d’avenir, n’échappe pas aux contradictions du capitalisme. On nous répète que « c’est la crise », que « nous devons faire des efforts », mais les bénéfices ne servent jamais à améliorer les conditions de travail. Dans une société débarrassée du profit, je suis certaine que l’informatique permettrait d’améliorer nos vies et d’alléger le travail humain dans de nombreux secteurs.

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