Le 9 juin, Belfast a vécu sa pire nuit de violences depuis plus d’une décennie. Des groupes d’extrême droite ont saisi le prétexte d’une attaque au couteau pour organiser un véritable pogrom contre les immigrés. Ils ont détruit des voitures, pris d’assaut et incendié des maisons et agressé violemment des dizaines de personnes. Depuis les Etats-Unis, Elon Musk a apporté son soutien aux émeutiers racistes en partageant un post qui affirmait : « Ne faites pas la paix avec le mal, détruisez-le ».
Démagogie raciste
Cela fait des années, voire des décennies, que la classe dirigeante britannique utilise les migrants comme boucs émissaires pour tous les problèmes générés par le capitalisme, depuis le chômage jusqu’à la destruction des services de santé par les politiques d'austérité. Les médias bourgeois diffusent en boucle une propagande raciste qui constitue une véritable incitation à la violence. Cela vise à la fois à détourner l’attention des masses des attaques de la bourgeoisie et à diviser et affaiblir la classe ouvrière.
Et ce matraquage raciste permanent ne vient pas que de l’extrême-droite ! Durant sa campagne électorale, l’actuel premier ministre travailliste Keir Starmer a repris à son compte le slogan xénophobe « stop the boats » (“arrêtez les bateaux”). Depuis son arrivée au pouvoir, il a adopté plusieurs mesures racistes contre les migrants, tout en continuant à appliquer une austérité drastique pour défendre les profits de la classe dirigeante.
Cette situation a fourni un terreau fertile à la démagogie réactionnaire des agitateurs d'extrême-droite comme Tommy Robinson. Les manifestations anti-immigrations sont de plus en plus fréquentes en Grande-Bretagne, mais elles atteignent rarement le degré de violence qu’on observe en Irlande du Nord (Ulster). Cela s’explique par plusieurs facteurs. La région est une des plus pauvres du Royaume-Uni, après des décennies de désindustrialisation. En 2023, l’association caritative Save the Children estimait que près d’un quart des enfants nord-irlandais vivaient sous le seuil de pauvreté. Par ailleurs, l’impérialisme britannique y a financé et armé pendant plusieurs générations des groupes paramilitaires d’extrême-droite, les « loyalistes », pour combattre les républicains irlandais et le mouvement ouvrier. Ces milices ont pu capter la colère d’une petite partie de la jeunesse protestante et la tourner contre la population catholique, mais aussi contre les immigrés.
Unité de classe
Les violences du 9 juin ont choqué la grande majorité des travailleurs de Belfast. En plein cœur des émeutes, plusieurs personnes se sont opposées aux violences et ont offert un refuge aux familles attaquées.
Depuis, des rassemblements contre le racisme ont eu lieu dans plusieurs villes. Le 13 juin, des milliers de personnes se sont rassemblées à Belfast dans la plus importante manifestation antiraciste qu’a connu l’Irlande du Nord depuis des décennies. Cette mobilisation est un pas dans la bonne direction.
Malheureusement, les directions – politiques et syndicales – du mouvement ouvrier limitent les mots d’ordres de ces mobilisations à des appels à la tolérance et au respect de l’« ordre public ». C’est une impasse.
Face aux violences racistes, les travailleurs ne doivent accorder aucune confiance à la classe dirigeante et à ses institutions, qui déplorent les violences tout en continuant à les encourager par leur propagande raciste. La classe ouvrière ne doit compter que sur ses propres forces. Plutôt que d’en appeler à l’intervention de la police, qui multiplie elle-même les agressions racistes, le mouvement ouvrier organisé doit se donner comme tâche l’organisation de groupes de défense antiraciste dans chaque quartier.
En 2024, lors de précédentes émeutes racistes, de tels groupes d’autodéfense s’étaient spontanément constitués dans plusieurs quartiers et avaient repoussé les groupes racistes. La récente grève générale de Minneapolis aux Etats-Unis a elle aussi montré l’efficacité de cette tactique : la mobilisation des travailleurs a réussi à en chasser la police de l’immigration et à infliger une cuisante défaite au gouvernement de Trump.
Mais, pour lutter contre le racisme, il faut aussi s’attaquer au système qui lui fournit un terreau. Plutôt que d’appeler au « vivre-ensemble » dans une misère noire pendant que les capitalistes accumulent d’énormes profits, le mouvement ouvrier doit expliquer clairement que c’est le capitalisme qui est responsable de la pauvreté, de l'austérité et du racisme.
Ce n’est qu’à travers une lutte commune de tous les travailleurs, immigrés ou non, contre l'austérité et pour défendre leurs conditions de vie que les préjugés racistes pourront être abattus pour de bon. En dernière analyse, seule la transformation socialiste de la société pourra mettre définitivement fin à la misère et aux inégalités sur lesquelles prospère le poison du racisme !

