Le krach de Wall Street, en octobre 1929, est l’un des événements les plus marquants de l’histoire du capitalisme. Du jour au lendemain, la vie de millions de personnes a été bouleversée. La relative stabilité de la décennie précédente a pris brusquement fin.

Le krach

Cette crise fut le résultat des contradictions qui se sont accumulées durant la phase de croissance des années 1920, qui furent marquées par une frénésie spéculative sans précédent sur les marchés boursiers américains. Les actions s’achetaient dans l’unique optique d’être revendues plus cher, si bien que l’évolution de leurs prix était de plus en plus déconnectée de l’économie réelle.

En 1928, il n’était pas rare que le prix de certaines actions augmente de 10 %, 15 % ou 20 % en une seule journée. Leur cours évoluait à un rythme bien plus rapide que la croissance réelle des entreprises. Autrement dit, une fraction toujours plus disproportionnée du capital n’était connectée à aucune création de valeur réelle : c’est ce que Marx appelait du « capital fictif », qui a un caractère purement spéculatif.

Cette situation présentait des risques majeurs, mais aucun capitaliste ne voulait renoncer à la gabegie de profits. Des milliards de dollars étaient prêtés aux investisseurs pour qu’ils achètent des actions, et ces mêmes actions étaient utilisées comme garanties des prêts. Les boursicoteurs investissaient avec de l’argent qu’ils ne possédaient pas ; mais loin d’inquiéter les marchés, ces procédés contribuaient à la hausse des cours.

Cependant, la Bourse ne peut indéfiniment demeurer suspendue au-dessus des réalités économiques : plus elle s’en écarte, plus le retour à la réalité s’annonce périlleux. Tôt ou tard, la « bulle » spéculative éclate.

La baisse des cours boursiers s’engage en septembre 1929. Une chute générale des valeurs boursières s’amorce. En octobre, les choses s’aggravent : de lourdes pertes sont enregistrées le vendredi 18. Le « film » se déroule à l’envers : alors que les hausses entraînaient les hausses, ce sont désormais les baisses qui appellent les baisses.

Le krach est le point de départ de la plus profonde crise économique de l’histoire du capitalisme, et elle ne tarde pas à se répercuter dans le monde entier. Chaque bourgeoisie nationale tente de défendre son marché intérieur au moyen de politiques protectionnistes. Les barrières tarifaires s’élèvent dans un pays après l’autre, entraînant une guerre commerciale qui aggrave la crise et ses conséquences.

La Grande Dépression des années 30

Aux Etats-Unis, le secteur stratégique de la métallurgie est dévasté. Dans l’industrie automobile, la production passe de 660 000 unités en mars 1929 à 440 000 en août. En septembre, elle tombe à 416 000 unités, puis à 319 000 en octobre. Dans la foulée du krach boursier, la production automobile s’écroule : 169 500 unités en novembre, puis 92 500 en décembre.

La crise se propage rapidement à l’ensemble de l’économie réelle. L’effondrement du cours des actions ruine les actionnaires, qui ne peuvent plus rembourser leurs prêts bancaires, ce qui entraîne une vague de faillites sans précédent. Des millions de travailleurs se retrouvent au chômage, car leur exploitation n’est plus profitable. L’économie s’enfonce alors dans un cercle vicieux : la baisse de la demande provoque une chute de la production et donc une hausse du chômage, laquelle entraîne une baisse des salaires et des revenus de l’ensemble de la classe ouvrière. Cette contraction de la demande se répercute sur l’investissement des capitalistes – et ainsi de suite.

La récession se transforme en « Grande Dépression », qui se traduit par une chute brutale du niveau de vie des travailleurs. Ils n’ont reçu que des miettes pendant la période faste, mais sont les premiers touchés par la crise. En 1929, il y a 1,5 million de chômeurs (environ 3 % de la population active) ; en 1932, ils sont 12 millions, puis autour de 13 millions en mars 1933, soit près de 25 % de l’ensemble des travailleurs.

Faute de pouvoir payer leur loyer, des millions de personnes se retrouvent sans abri et parcourent le pays à la recherche d’un emploi. Des centaines de milliers de chômeurs s’entassent dans les « Hoovervilles », qui sont des bidonvilles construits à la hâte – avec des bouts de carton, de bois et de métal – sur des terrains abandonnés.

Les patrons tentent de rétablir la rentabilité de leurs entreprises en baissant les salaires et en augmentant le temps de travail. Des ateliers clandestins apparaissent. Les salaires de misère deviennent monnaie courante, comme le travail des enfants. Aux Etats-Unis, le patronat profite du manque de combativité des directions syndicales pour intensifier l’exploitation de la classe ouvrière.

Une crise de surproduction

La classe dirigeante n’avait absolument pas anticipé la crise de 1929, ni a fortiori son ampleur. A ses yeux, le krach boursier arrive comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. La Grande Dépression n’est pourtant pas un accident dans l’histoire économique du capitalisme, ni le simple résultat d’une « panique psychologique » des investisseurs, comme certains économistes le prétendent. La crise de 1929 a des causes plus profondes, que seule la théorie marxiste permet d’expliquer.

Dans le système capitaliste, la production n’est pas directement orientée vers la satisfaction des besoins des masses, mais vers la réalisation de profits. Pour que les capitalistes réalisent un profit, ils doivent vendre les marchandises produites par la classe ouvrière. Or la classe ouvrière produit davantage de valeur qu’elle n’en reçoit sous forme de salaires [1]. Elle ne peut donc pas acheter l’ensemble des marchandises déversées sur le marché.

Les capitalistes peuvent temporairement surmonter cette contradiction, et ce de plusieurs façons. Ils peuvent produire davantage de moyens de production (infrastructures, machines, etc.) ou de produits de luxe, c’est-à-dire de biens qui ne sont pas directement consommés par les masses. Ils peuvent élargir les marchés au-delà des frontières nationales, ou encore développer le crédit. Mais ces procédés ne font que retarder l’inévitable crise de surproduction.

La tendance à l’expansion des forces productives finit toujours par se heurter aux limites du marché, c’est-à-dire aux limites de la demande solvable. Aux Etats-Unis, le taux d’utilisation des capacités productives de l’industrie passent de 94 %, avant la crise, à 66 % en 1930. Il atteint son niveau le plus bas en 1932 : à peine 42 %.

Le New Deal et les « solutions » keynésiennes

En novembre 1932, Franklin D. Roosevelt remporte une victoire écrasante sur le président sortant, Herbert Hoover. Après trois années de crise, les masses américaines attendent désespérément un changement. Face à l’ampleur de la catastrophe sociale, Roosevelt décide de rompre avec les doctrines libérales du « laissez-faire », qui consistent à laisser les marchés se réguler eux-mêmes.

Il s’inspire des recettes de l’économiste anglais John Maynard Keynes, pour qui l’Etat doit voler au secours du capital. L’administration américaine cherche à relancer la croissance par de vastes investissements publics destinés à embaucher des chômeurs et à réaliser de grands travaux. De nos jours, les réformistes glorifient les politiques de Roosevelt ; ils y voient une alternative aux politiques d’austérité. Mais à l’époque, ces mesures n’ont rien changé de fondamental au sort des travailleurs américains.

Lorsque Roosevelt arrive au pouvoir, 25 % de la population active est sans emploi. Ce taux baisse à un peu plus de 10 % en 1937, mais remonte à 19 % en juin 1938, sous l’effet d’une nouvelle récession. Surtout, ce ne sont pas les politiques keynésiennes, mais bien l’économie de guerre – puis les immenses destructions humaines et matérielles de la Seconde Guerre mondiale – qui vont permettre au système capitaliste de sortir de la crise de surproduction et d’entrer dans une nouvelle phase de croissance et de stabilité.

Leçons

Le krach de 1929 et la Grande Dépression des années 1930 continuent de hanter la bourgeoisie. La crise mondiale de 2008 a rappelé une vérité fondamentale : sous le capitalisme, les crises économiques sont inévitables. Les politiques économiques de la classe dirigeante ne peuvent en modifier que le rythme et l’amplitude. Les mesures prises par Franklin D. Roosevelt n’ont pas fait mieux que cela. Ce constat vaut pour les années 1930 comme pour aujourd’hui.

Les réformistes nourrissent les illusions dans la possibilité de transformer le capitalisme de l’intérieur. C’est impossible, car aucune mesure fiscale ou monétaire ne peut abolir les lois fondamentales de ce système, qui engendre inévitablement des crises, à l’image de celles de 1929, de 1973 et de 2008 (entre autres). Seuls le renversement du capitalisme et l’instauration d’une économie socialiste, c’est-à-dire une planification démocratique et rationnelle de la production, peuvent offrir une issue positive à la classe ouvrière.


[1] Nous ne pouvons revenir ici dans les détails sur l’origine de la plus-value des capitalistes. A ce propos, lire notre brochure : Introduction à la théorie économique de Marx, par A. Woods et R. Sewell.

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