En France, plus de 3000 mineurs isolés étrangers – ou Mineurs non accompagnés (MNA) – vivent dans une grande précarité. Ces milliers de jeunes tentent de faire reconnaître leur minorité : le droit international de l’enfant stipule que les Conseils Départementaux français ont l’obligation de prendre en charge, avec l’Aide Sociale à l’Enfance, les mineurs non accompagnés. Mais pour éviter cette prise en charge, L’Etat français fait tout son possible pour les déclarer majeurs. Le 3 janvier, nous avons échangé avec Moja, du Collectif des Mineurs Isolés de Rouen.
Pouvez-vous nous présenter votre collectif ? Dans quel contexte a-t-il été créé ?
Je suis membre du Collectif depuis sa création, fin décembre 2024. Nous, les mineurs isolés étrangers, rencontrons plusieurs difficultés quand nous arrivons en France, notamment liées à la présomption de minorité. A Rouen, notre parcours d’intégration connaît plusieurs étapes : d’abord, nous devons nous rendre au CAPS – le Comité d'Action et de Promotion Sociales – où nous expliquons notre parcours etc. A l’issue de cet entretien, le CAPS détermine si nous sommes mineurs ou non à partir de ce que nous disons, de la manière dont nous parlons, si nous les regardons dans les yeux ou non… ils trouvent toujours des choses à redire. De toute façon, ce n’est pas possible de se baser là-dessus pour décider de notre minorité ou non !
Ensuite, si on veut contester leur décision, il faut se tourner vers des associations, qui nous prennent en charge – si elles ont la place, car leurs possibilités d’hébergement sont limitées – et nous mettent en contact avec un avocat. Celui-ci nous encourage à contacter nos parents pour qu’ils nous transmettent un document d’identité, ou un acte de naissance, pour prouver notre âge. Ensuite, on se présente devant le Juge des enfants, qui a reçu le rapport du CAPS. Il nous pose encore des questions, puis évalue notre physique : parfois, le Juge des enfants propose même des tests osseux… Mais les machines utilisées ne sont pas en capacité de déterminer notre âge avec précision. Dans mon cas, par exemple, le test osseux a déclaré que j’avais entre 19 et 35 ans !
Ceux qui, comme moi, n’avons pas été pris en charge par l’Etat après un test osseux qui nous a déclaré majeurs, nous devons faire appel. Certains partent, changent de ville. Dans ce contexte, face à la maltraitance institutionnelle dont nous étions victimes, nous avons décidé de rester et de nous organiser : c’est la naissance de notre collectif. Tous les nouveaux jeunes qui se voient refuser une prise en charge sont invités à nous rejoindre.
Des collectifs comme le nôtre existent partout en France, et depuis 2025, nous nous coordonnons à l’échelle nationale. Nous rencontrons ces autres collectifs ponctuellement, dans une ville que nous choisissons en amont, et dans nos réunions, nous informons les autres de l’avancement des luttes que nous menons. Cela nous permet aussi de mettre en commun nos expériences, de discuter des méthodes les plus efficaces – c’est-à-dire de ce qui a fait ses preuves dans telle ou telle ville, concernant la scolarisation, l’hébergement…
Quelles actions avez-vous menées depuis votre création ?
Nous participons à des rassemblements, des manifestations, pour dénoncer ce que nous vivons. Par exemple, l’année dernière nous avons tenu un camp pendant deux mois devant la Préfecture de Seine-Maritime. Après des négociations, la mairie nous a proposé une période de mise à l’abri, d’abord dans des hébergements d’urgence, puis à l’hôtel. A ce jour, nous pouvons rester à l’hôtel jusqu’en avril prochain, mais nous ne savons pas ce qui nous arrivera ensuite.
Aujourd’hui, nous sommes plus d’une vingtaine à être organisés dans le collectif, et beaucoup de jeunes arrivent en ce moment. Notre principal problème aujourd’hui, c’est la scolarisation. Dans d’autres villes, un jeune qui fournit un document d’identité a directement accès à l’école, mais ici ce n’est pas le cas : le rectorat de l’académie de Normandie refuse de nous scolariser tant que nous ne sommes pas pris en charge par le département de la Seine-Maritime. La majorité d’entre nous a passé un test de niveau, mais nous avons ensuite été bloqués au niveau de l’affectation dans des établissements scolaires : cela nous prive donc d’accès à la scolarité.
Quelles sont vos revendications ? Est-ce que les syndicats et les partis participent à votre lutte ?
Nous revendiquons la scolarisation de nos membres, ainsi qu’un hébergement digne et pérenne. Sur le plan juridique, nous revendiquons la présomption de minorité, la fin des tests osseux, et la régularisation de ceux qui, parmi nous, sont sans-papiers.
A Rouen, nous sommes soutenus par un collectif de soutien, composé de syndicats, de quelques partis politiques de gauche, d’associations et de bénévoles individuels, qui nous accompagnent dans nos démarches. En règle générale, toute forme d’aide – matérielle, financière, humaine – est importante pour nous et sera la bienvenue. Contactez notre Collectif, via notre compte Instagram, à ce sujet !
Parmi les jeunes du Collectif des Mineurs Isolés de Rouen, nous sommes tous très reconnaissants de tout ce que le collectif de soutien fait pour nous. La lutte continue, jusqu’à la victoire !
Le Collectif des Mineurs Isolés tiendra une réunion publique le mercredi 11 février, à 18h00, à la Halle aux Toiles de Rouen. En plus de leur prise de parole, il y aura une exposition de photos, et un court-métrage sur leur lutte sera diffusé.

