Avec 22 000 salariés et plus de 900 sites, les magasins Action représentent un sixième du secteur du commerce de détail non alimentaire. Ce groupe européen, dont la maison mère se situe aux Pays-Bas, emploie plus de 80 000 salariés et dispose de 3000 magasins sur le continent. Il bénéficie d’une forte croissance : l’inflation pousse toujours plus de personnes vers les magasins à bas prix. Je travaille chez Action depuis 2018, je suis élue au comité social et économique (CSE) d’Action France et je suis membre de la Commission exécutive de la CGT Commerces et services.
Magasin « low-cost » et travail harassant
Pour réduire les prix, Action fait des économies à tous les niveaux : production, transport, distribution. Les magasins sont construits à l’identique et les produits sont soit rachetés dans des fins de stock, soit allégés et simplifiés pour réduire le prix des matières premières et le coût de transport. Par exemple, un cintre plus fin coûte moins cher à fabriquer et permet de transporter davantage d’articles par camion. Le groupe a aussi investi dans des camions à double étage pour optimiser le transport et réduire les coûts logistiques.
Mais toute cette logistique complexe n’est possible que grâce aux 80 000 salariés du groupe, qui font tourner jour et nuit cette gigantesque machine. C’est sur notre force de travail que la direction réalise des profits : 100 millions d’euros de bénéfices en 2024 !
Chaque magasin compte en moyenne 30 salariés. La majorité d’entre eux sont employés à 30 heures, au salaire minimum. Passer à 35 heures est vu comme une promotion ! L’annualisation des horaires permet à l’entreprise de faire travailler certaines personnes plus de 40 heures sur plusieurs semaines d’affilée sans payer d’heures supplémentaires, en compensant ces heures par des jours de récupération.
Le travail commence souvent à 6 heures, bien avant l’ouverture à 8h30, avec la mise en rayon et le nettoyage. Les tâches sont réparties entre la caisse, le rangement des rayons et la réception des livraisons. Le « niveling » consiste à aligner les produits pour donner l’impression d’un rayon plein. Un salarié s’occupe du « Zwerf », terme hollandais désignant le rangement des articles qui ne sont pas à leur place, une tâche répétitive et chronophage. Le reconditionnement du textile demande patience et minutie, car le rayon est sans cesse perturbé.
Les salariés sont souvent issus de l’immigration, dont beaucoup de femmes très précaires. Le travail est physiquement exigeant, répétitif et contraint par des normes de sécurité difficilement respectables, faute de temps. Le sous-effectif et la surcharge de travail entraînent un turnover important et des arrêts maladie fréquents.
Pressions et contrôles constants
Dans tous les magasins, le travail est soumis à un « process » minuté, calculé par des algorithmes qui ne prennent pas en compte les imprévus. Décharger une palette ou ranger un rayon prend beaucoup plus de temps dans la pratique que dans la théorie, et les salariés doivent choisir entre retarder le travail ou avoir un magasin mal rangé – ce qui, dans les deux cas, leur sera reproché par la direction.
Les salariés portent une oreillette toute la journée – parfois même pendant les pauses – pour recevoir en continu instructions et remarques. La surveillance par caméra est fréquente, y compris pour contrôler le travail, alors que c’est interdit par la loi. Et cela ne s’arrête pas là : une circulaire, tout aussi illégale, imposait la mutation de membres d’une même famille ou de couples : « S’il s’avère que des membres de la même famille ont été embauchés dans le même magasin, le responsable proposera la mutation de l’un des deux […]. Il en va de même pour les relations nouées au sein d’un magasin. » Si cette circulaire a depuis disparu, la pratique, elle, perdure. C’est
hallucinant !
La direction du groupe en France a instauré une clause qui lui permet de muter un salarié jusqu’à 50 kilomètres de son domicile, ce qui peut représenter deux heures de transport supplémentaires par jour et des frais de garde en plus pour ceux qui ont des enfants. Cette mesure – approuvée par la CFDT de l’entreprise – constitue un véritable outil de pression sur les salariés qui voudraient défendre leurs intérêts.
Action exploite ses salariés comme du bétail. En même temps, le groupe calcule, organise et planifie son activité dans le seul but de réaliser des profits qui finiront dans les poches d’une poignée d’actionnaires.
Sous le contrôle démocratique des salariés, les magasins fonctionneraient bien mieux – que ce soit pour les salariés, comme pour les clients. En embauchant massivement et en ayant le contrôle direct sur notre travail, nous pourrions travailler mieux et moins. Avoir de beaux magasins, de bonnes conditions de travail et un accueil agréable en magasin, c’est possible. Pour ça, il faut prendre le contrôle de nos magasins et les faire fonctionner pour les intérêts de la classe ouvrière.

