Du 14 au 16 avril, les travailleurs de la médiathèque Virginia Woolf, dans le 13e arrondissement de Paris, ont mené trois jours de grève pour dénoncer le sous-effectif chronique de leur établissement et la dégradation de leurs conditions de travail. Ils revendiquent le recrutement de trois agents supplémentaires, ainsi qu’un poste de médiateur pour accompagner le public. Nous avons rencontré Paul, un agent de la bibliothèque.

Plus de missions, moins de moyens

La mobilisation des travailleurs de Virginia Woolf intervient dans un contexte plus large : celui du « Plan Lire à Paris 2 ». Ce plan de la mairie prévoit notamment l’élargissement des horaires d’ouverture des bibliothèques et le développement des animations et activités proposées aux publics. Mais pour les agents, ces nouvelles missions s’ajoutent à une surcharge de travail déjà importante.

Virginia Woolf est la plus récente bibliothèque de Paris. Pensée comme une bibliothèque « moderne », elle mise moins sur les collections d’ouvrages que sur les animations, les ateliers et les partenariats associatifs. « Le problème, c’est que les effectifs ne suivent pas. Les autres bibliothèques qui ont la même taille que nous sont 17 ou 18. Nous, on est 15. Et encore, le 15e poste est arrivé juste avant l’ouverture », explique Paul.

L’équipe a dû préparer l’ouverture de l’établissement en un temps record : « normalement, une préparation d’ouverture, c’est cinq ans. Nous, on a tout fait en deux ans ». Depuis l’ouverture, les travailleurs doivent assurer l’accueil du public, les animations, la communication, le traitement des livres et l’organisation des activités avec un effectif insuffisant. « Il y a presque la moitié de l’équipe qui doit être en permanence au service du public. Quand on n’est pas à l’accueil, on prépare des animations, on traite les commandes, on fait la communication… »

Cette surcharge pèse sur l’ensemble de l’équipe. Mais les catégories C, les moins bien payées, accomplissent en plus des missions qui ne sont pas les leurs : « Moi je choisis les documents, je fais les commandes, je réfléchis à comment accueillir le public, à ce qui va marcher… normalement ça devrait être le travail d’une catégorie B. Mais je suis C et payé tel quel. »

Le sous-effectif aggrave aussi les tensions avec le public. Comme beaucoup de bibliothèques parisiennes, Virginia Woolf connaît une hausse des incivilités, notamment avec des groupes d’adolescents. « On a une salle d’animation où les jeunes viennent discuter. Le problème, c’est qu’on n’a pas assez de temps pour créer du lien avec eux. Souvent, la seule interaction qu’on a, c’est : “faites moins de bruit”. »

Les travailleurs expliquent que la réduction des animations, décidée faute de temps et d’effectifs, a encore aggravé la situation. « On a diminué les animations parce qu’on était fatigués. Mais les animations, c’est justement ce qui nous permet de connaître le public. » Plusieurs agents sont actuellement en arrêt maladie à cause du surmenage. « On a une collègue arrêtée depuis trois mois et une autre qui est passée à 50 %. »

Une grève très suivie

Face à cette situation, l’équipe a décidé de se mettre en grève. Le mouvement a été suivi par toute l’équipe sauf la direction, soit 13 sur les 15 salariés de la bibliothèque. Pendant trois jours, du 14 au 16 avril, les travailleurs ont tenu un piquet devant la bibliothèque afin d’expliquer leurs revendications aux usagers. L’accueil du public a été très positif : « 99 % des gens nous soutenaient. Beaucoup nous disaient : “nous aussi dans notre travail c’est pareil”. »

Les agents ont fait signer une pétition aux passants, et des travailleurs d’autres bibliothèques sont également venus soutenir le piquet. Certaines bibliothèques ont même fermé plus tôt en solidarité avec le mouvement.

Le SUPAP-FSU a accompagné les grévistes en déposant le préavis et en les aidant dans leurs démarches. Les travailleurs soulignent aussi l’importance du piquet de grève pour discuter avec les usagers. « Si on ferme juste la bibliothèque, les gens voient seulement une porte fermée. Là, on pouvait expliquer pourquoi on faisait grève. »

Face aux revendications des travailleurs, la direction du Service des bibliothèques et de la lecture de la Ville de Paris a surtout proposé… de réduire les activités. « Ils nous ont proposé de fermer la salle d’animation », raconte Paul. Même logique concernant les horaires. Les agents demandaient un passage temporaire en horaires réduits afin de soulager l’équipe. « La direction nous a répondu qu’on était mal organisés. »

La mairie a également refusé la demande d’un médiateur formé à l’accueil du public et a préféré embaucher un vigile. « Nous, on demandait un médiateur. Quelqu’un formé au travail avec le public. Pas quelqu’un qui doit faire la police dans la bibliothèque. ». Pour les travailleurs, ces réponses montrent le décalage complet entre les besoins réels du terrain et la logique gestionnaire de la mairie. 

Depuis la grève de Virginia Woolf en avril, la colère continue de monter dans les bibliothèques parisiennes. Les 7 et 9 mai, l’intersyndicale SUPAP-FSU, CGT et FO a appelé les 1 300 agents du réseau parisien à se mettre en grève contre les sous-effectifs et la dégradation des conditions de travail. Ces deux jours de grève ont été un pas en avant. Pour lutter contre l’austérité dans les bibliothèques, les travailleurs devront étendre la grève au maximum de bibliothèques du réseau parisien et l’inscrire dans la durée ; seule une puissante grève unitaire et reconductible permettra aux agents d’obtenir des avancées notables sur leurs conditions de travail.

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