En janvier, les seize salariés de la Biocoop Place des Fêtes, dans le 19ᵉ arrondissement de Paris, ont mené une grève de vingt-cinq jours pour exiger des salaires décents et dénoncer le management toxique de leur patronne. À l’issue du mouvement, ils ont fondé un comité de soutien auquel participe le Parti communiste révolutionnaire. Nous avons interviewé Robin, l’un des grévistes, pour dresser un bilan de la lutte.
Pressions patronales
Biocoop est une coopérative d’exploitants relevant de « l’économie sociale et solidaire ». Sa charte déontologique promet que « les bénéfices sont partagés avec les salariés » et affirme « mettre en place des solutions concrètes pour progresser dans le bien-être des salariés ». C’est pure hypocrisie : les faits démentent totalement ces éléments de communication.
Chaque magasin est dirigé par des « propriétaires-gérants », tous sociétaires Biocoop. Il n’existe aucune convention collective spécifique à Biocoop et les conditions de travail et de salaire varient considérablement d’un magasin à l’autre. Les salariés subissent au quotidien la pression de leur propriétaire. Comme le raconte Robin : « Quand la patronne n’est pas là, ça fonctionnait très bien. Dès qu’elle arrivait, tout le monde se mettait sur le qui-vive. Selon son humeur, elle pouvait crier et tenir des propos inacceptables. » Elle ciblait particulièrement l’unique syndiquée CGT, soumise à des pressions quotidiennes.
Certains épisodes particulièrement tendus ont marqué Robin. Lors de la canicule, les frigos sont tombés en panne, et la sociétaire s’est défoulée sur ses employés : « Elle a mis en larmes peut-être trois personnes, dont une intérimaire, à qui elle a lancé : “Non non, là faut que tu retournes en caisse, c’est pas le moment de chialer”. La pauvre était en larmes devant les clients. » Robin conclut : « A force de pressions, on s’est dit que ce n’était plus possible. On est allés voir la CGT. »
Déroulé de la grève
La grève a été votée à l’unanimité, même par les salariés les plus précaires. Le 3 janvier, le piquet est installé à l’intérieur du magasin. La sociétaire feint de ne pas comprendre la revendication principale : son retrait de toute tâche de direction. Les salariés refusent désormais tout contact avec elle. Biocoop prend ouvertement parti pour la patronne et dépêche un médiateur pour tenter de mettre fin à la grève : « Il ne servait absolument à rien, Il est resté trois jours et est parti. » raconte Robin.
Ensuite, le siège a envoyé un RH indépendant, « un genre de casseur de grève, qui t’explique pourquoi ce n’est pas responsable d’augmenter les gens. Il est resté jusqu’au bout, et on n’était quasiment plus qu’en contact avec lui ». Puis, un huissier, la police municipale et la police nationale sont venus déloger le piquet – que les travailleurs ont ensuite maintenu dehors, devant le magasin, dans le froid hivernal. Ce qui a permis aux travailleurs de tenir c’est la solidarité : associations, organisations politiques, syndicalistes et clients réguliers du magasins sont régulièrement venus sur le piquet et ont participé à la caisse de grève.
Le siège a ensuite dépêché un coordinateur réseau qui a passé les commandes nécessaires à la réouverture du magasin l’après-midi. Deux intérims et deux salariés qui ne pouvaient plus faire grève pour des raisons financières ont repris le travail à ce moment-là. Le secrétaire général et le directeur régional venaient quotidiennement soutenir la patronne, pour qu’elle ne cède rien : «ils ne voulaient pas laisser passer un précédent pareil ! » souligne Robin.
Victoire
Les travailleurs ont obtenu que la patronne se retire de toutes les tâches opérationnelles de son propre magasin ! Un directeur intérimaire sera nommé pour six mois, avec la promesse qu'un nouveau directeur soit ensuite nommé au sein des salariés. Ils ont également obtenu une augmentation de 4,5 % des salaires, plus 2 % supplémentaires conditionnés aux prochains chiffres d’affaires.
Cette grève montre que, grâce à leur volonté, à leur détermination et à la solidarité des habitants et du mouvement ouvrier, même des salariés isolés peuvent s’organiser, tenir dans la durée et arracher des avancées. Mais seule une lutte collective, impliquant des travailleurs provenant du plus grand nombre possible de magasins Biocoop, permettra d’obtenir des conquêtes plus importantes et durables face à cette « coopérative de patrons » qui exploite sans vergogne les salariés sous couvert d’éthique sociale et solidaire.

