Les 30 et 31 juillet derniers, entre 50 000 et 70 000 migrants ont tenté de rejoindre Ceuta, enclave espagnole au Maroc et une des seules frontières terrestres entre l’Afrique et l’Union européenne. L’arrivée soudaine de dizaines de milliers de migrants dans un pays de l’espace Schengen (bien que Ceuta en soit, de fait, exclu) a provoqué la panique des dirigeants européens.
Pourtant, 48 000 migrants avaient déjà été renvoyés au Maroc le 31 juillet. Aujourd’hui, seules 2000 à 5000 personnes seraient encore à Ceuta, survivant dans des conditions extrêmement précaires. D’après l’Association marocaine des droits humains, au moins 141 personnes sont mortes en tentant de passer la frontière.
« L’unité européenne » mise à mal
Face à cette crise humanitaire d’une ampleur inédite, la priorité du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a été de rassurer ses « partenaires » européens. Il a déployé la Légion étrangère espagnole et fait installer une barrière flottante de 500 mètres de long dans la Méditerranée.
Cela ne l’a pas empêché d’être soumis à un feu de critiques. 22 pays européens ont réclamé, dans une lettre ouverte, une réunion d’urgence pour discuter de mesures communes afin d’empêcher « que des franchissements massifs et incontrôlés, l’instrumentalisation des migrations ou d’autres menaces hybrides donnent le sentiment qu’il est possible d’entrer illégalement dans l’Union européenne. » Certains pays, comme l’Italie, la Belgique et le Danemark, ont même demandé l’exclusion de l’Espagne de l’espace Schengen, tandis que la France a annoncé son intention de renforcer les contrôles aux frontières. Le nombre de policiers à la frontière franco-espagnole a déjà été multiplié par 5.
Cette crise révèle les profondes fractures au sein de l’Union européenne. L’espace Schengen, censé garantir la libre circulation des personnes, est remis en cause. La politique du « chacun pour soi » prime et les soi-disant libertés européennes se révèlent n’être que de la poudre aux yeux.
La droite de nombreux pays européens s’est saisie de la situation pour agiter le spectre de l’insécurité et d’une invasion de l’Europe. Jordan Bardella a par exemple déclaré que « Ceuta, c’est l’avenir de la France si nous continuons avec la naïveté migratoire. »
Tous accusent Sanchez « d’encourager » les migrants à passer en Europe par l’Espagne, du fait de sa politique de régularisation. Mais les régularisations des migrants annoncées par le gouvernement espagnol sont en réalité soumises à des conditions très restrictives et ne concernent que des titres de séjour d’un an. Ces cris d’orfraie ne sont que pure démagogie. Ils ne visent qu’à nourrir l’offensive raciste permanente par laquelle la classe dirigeante désigne les migrants comme boucs émissaires de tous les problèmes de la société et cherche ainsi à diviser la classe ouvrière.
Pour une alternative de classe
Malheureusement, les réactions à gauche ne sont pas bonnes. Dans un tweet où il répondait à Bardella, Jean-Luc Mélenchon expliquait que, puisque les migrants ne pouvaient pas réellement rejoindre l’Europe depuis Ceuta, « [l] e problème concret à régler est de discuter avec le Maroc de la protection de la frontière entre lui et Ceuta. Et d’assurer le retour ou la suite maîtrisée du trajet pour les autres. » Dans un autre tweet, il se contentait de réclamer « une coordination européenne pour de l’aide humanitaire ».
La « solution » de Mélenchon se limite donc à apporter un peu d’aide humanitaire aux migrants avant de les renvoyer au Maroc et de renforcer les frontières en négociant avec le gouvernement marocain. C’est-à-dire avec un régime corrompu et réactionnaire contre laquelle la jeunesse marocaine s’est soulevée il y a à peine un an. Ces déclarations marquent un grave recul par rapport au programme de la France insoumise.
D’autres à gauche se limitent à des appels abstraits à « accueillir » les migrants, sur la base de bons sentiments. Si le mouvement ouvrier doit effectivement lutter pour la régularisation des migrants et défendre le mot d’ordre de « libre installation », il doit le faire sur la base d’un programme de classe, qui unisse tous les travailleurs – immigrés ou non – dans la lutte pour de bonnes conditions de vie et de travail pour tous. C’est le seul moyen de couper l’herbe sous le pied de la propagande raciste de la classe dirigeante et d’unir tous les travailleurs contre leur véritable adversaire, le système capitaliste !

