Depuis l’annonce du cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, le 7 avril, Donald Trump n’est pas parvenu à s’extraire de l’impasse dans laquelle il s’est lui-même enfoncé en bombardant massivement l’Iran pendant cinq semaines.

Après 24 000 frappes américaines et israéliennes, non seulement le régime iranien n’est pas tombé, mais il a démontré qu’il était capable de frapper un nombre croissant de cibles en Israël et dans les pays du Golfe. Politiquement, le régime de Téhéran est nettement plus fort, dans sa population, qu’avant le début de cette guerre. Et par-dessus le marché, il a pris le contrôle du détroit d’Ormuz, cette artère fondamentale du commerce mondial.

Fin mars, une semaine avant le cessez-le-feu du 7 avril, nous écrivions : « Le président américain est désormais confronté au dilemme suivant : soit il cesse la guerre en appelant “victoire” une humiliante défaite ; soit il choisit l’escalade au moyen d’une incursion terrestre limitée (une invasion globale de l’Iran étant exclue). » Pour le moment, Trump a choisi une voie intermédiaire : un blocus naval du détroit d’Ormuz, dans l’espoir de contraindre les Iraniens – qui sont en position de force dans les négociations – à renoncer à certaines de leurs exigences.

Il est impossible d’anticiper le cours précis des événements dans les jours et les semaines qui viennent : c’est une équation trop complexe et dont l’une des inconnues est la prochaine « grande idée » qui traversera l’esprit de Donald Trump. Il fait penser à un joueur de poker en pleine déroute et qui, au lieu de solder ses pertes, cherche désespérément à se « refaire ». Si les Iraniens maintiennent leurs exigences, et notamment la levée des sanctions qui frappent leur économie depuis des décennies, il n’est pas exclu que Trump décide d’une nouvelle (et vaine) campagne de bombardements, voire d’une intervention terrestre limitée (qui ferait beaucoup de victimes américaines). Il y est encouragé par Netanyahou et les « interventionnistes » américains, qui veulent détruire la nation iranienne.

Les conséquences d’une débâcle

Quoi qu’il en sera, un certain nombre de choses sont déjà claires et irréversibles :

1) L’impérialisme américain – qui est la force la plus réactionnaire au monde – a déjà perdu cette guerre. Son autorité et sa crédibilité, aux yeux du monde entier, en sortent gravement affaiblies. Le régime iranien, qui ne tombera pas à court terme, a démontré qu’il est possible de tenir en échec la première puissance militaire de la planète. Cette leçon sera enregistrée par tous les peuples opprimés.

2) L’impérialisme israélien, lui aussi, sortira affaibli de cette guerre – dont il attendait la destruction pure et simple de l’Iran, le seul pays qui conteste la suprématie militaire de l’Etat sioniste dans la région. Netanyahou continue de semer la mort et le chaos au Liban, mais il ne pourra pas détruire le Hezbollah. Dans sa fuite en avant, le Premier ministre israélien pourrait s’engager dans l’annexion formelle et sanglante de toute la Cisjordanie. Cependant, ce crime de masse ne changerait pas l’évolution du rapport de forces régional – qui est favorable à l’Iran. Et tôt ou tard, en Israël même, les divisions de classe finiront par émerger sur fond de crise économique, de régression sociale et d’inégalités croissantes.

3) Les deux autres vainqueurs de cette guerre sont la Chine et la Russie, en lien direct avec la débâcle de l’impérialisme américain. Victimes collatérales d’une guerre dont ils ne voulaient pas, les pays du Golfe vont réviser leurs relations avec le « grand protecteur » américain. Ils approfondiront leurs discussions avec Pékin et Moscou. De manière générale, la Chine et la Russie feront figure d’alliés plus fiables et plus stables que les Etats-Unis, sur l’arène mondiale. En voulant réaffirmer l’autorité des Etats-Unis au Moyen-Orient, en particulier face au géant chinois, Trump a obtenu exactement l’inverse. Au passage, il a perdu une partie significative de sa propre base électorale aux Etats-Unis.

4) Les conséquences économiques et sociales de cette guerre – et en particulier de la fermeture du détroit d’Ormuz – seront considérables. Nous n’en subissons que les premiers effets, les plus immédiats, surtout sous la forme d’une nette augmentation des prix du gaz et des carburants. Mais l’inflation va s’infiltrer dans toutes les sphères de l’économie et miner les salaires réels des travailleurs. De manière générale, les conséquences de cette guerre menacent de plonger l’économie mondiale dans une nouvelle récession.

Ce qui est déjà certain, c’est que la pénurie d’engrais prépare une grave crise agricole et alimentaire à l’horizon des 12 prochains mois. Selon certains calculs, le nombre de personnes exposées à une situation de « faim aigüe » pourrait passer de 318 à 363 millions. Des centaines de millions d’autres opprimés seront frappés, pour la première fois, par une situation d’« insuffisance alimentaire ».

Gabegie de profits

Au début de la Première Guerre mondiale, Lénine disait : « La guerre est une chose terrible, oui – terriblement profitable ». Cette remarque exprime bien les sentiments de millions de travailleurs, en France, qui sont ulcérés par la hausse des prix du gaz, de l’essence et du gazole – mais aussi par la hausse spectaculaire des profits engrangés à cette occasion par TotalEnergies : au moins 2,9 milliards d’euros de « surprofits » depuis le début de la guerre (à ce stade).

Sébastien Lecornu n’a pas la moindre intention de toucher à un centime des énormes profits réalisés par les mastodontes du secteur de l’énergie. Après tout, il est le chef de leur gouvernement, le gouvernement des riches. Pour tenter d’atténuer la colère sociale, il a simplement décidé de mobiliser 150 millions d’euros par mois, pendant trois mois, au profit d’un certain nombre d’entreprises et d’usagers très exposés à la hausse du prix des carburants.

D’une part, seule une toute petite minorité de la population en bénéficiera. D’autre part, la facture des usagers concernés ne baissera pas dans des proportions équivalentes à son augmentation depuis le début de la guerre. Enfin et surtout, au moment même où le gouvernement annonce ces 450 millions d’euros d’« aides » (sur trois mois), il annonce 6 milliards d’euros de nouvelles coupes dans le budget de l’Etat (4 milliards) et de la Sécurité sociale (2 milliards). Le gouvernement Lecornu ne se contente pas de reprendre d’une main ce qu’il a donné de l’autre : il prend 13 fois plus que ce qu’il « donne » ! « La faute à la guerre », nous explique-t-il. Mais pendant ce temps, les profiteurs de guerre français continuent de se gaver dans la joie et la bonne humeur.

A gauche, LFI demande le blocage des prix à la pompe, tout comme la CGT, qui demande aussi l’indexation des salaires sur l’inflation. A juste titre. Mais de telles mesures ne seront pas obtenues au moyen d’aimables discussions dans les salons de Matignon ou de l’Elysée. Elles ne peuvent être arrachées que par une mobilisation massive – dans la rue et par la grève – de la jeunesse et de la classe ouvrière. Or ceci nous renvoie au problème chronique de la stratégie des dirigeants officiels du mouvement ouvrier, qui se contentent de nous promener de « journée d’action » en « journée d’action ». Il faut un solide plan de bataille et une vaste campagne d’agitation pour préparer la mobilisation de notre classe jusqu’à la paralysie du pays. Le gouvernement des riches ne reculera pas à moins.

Une mobilisation de cette envergure requiert un programme offensif. L’indexation des salaires sur l’inflation est une mesure d’urgence indispensable, mais elle doit être complétée par une revendication très simple et que la masse des travailleurs soutiendra avec enthousiasme : l’expropriation de tous les profiteurs de guerre, à commencer par tous les groupes du secteur de l’énergie, depuis la production jusqu’à la distribution. Il faut mettre un terme au scandale que constitue cet enrichissement soudain et massif de parasites géants sur le dos de millions de travailleurs qui peinent à boucler les fins de mois.

Une fois expropriées (sans indemnisation des gros actionnaires), les entreprises concernées seront gérées démocratiquement par les travailleurs eux-mêmes, qui sauront les faire tourner au bénéfice de tous, et non plus d’une poignée de richissimes actionnaires. Alors, le « contrôle des prix » aura une base ferme – qu’il ne pourra jamais avoir tant que les entreprises concernées resteront sous le contrôle des capitalistes.

On ne peut pas contrôler ce qu’on ne possède pas. Au-delà du secteur de l’énergie, les travailleurs doivent se rendre maîtres de l’ensemble des grands leviers de l’économie, dans le but de les soumettre à une planification rationnelle et démocratique de la production. Il n’y aura pas d’autre alternative à la crise du capitalisme et à ses désastreuses conséquences sociales. A quelques semaines du 54Congrès de la CGT, nous appelons son aile gauche à jeter toutes ses forces dans la bataille pour orienter cette grande confédération syndicale dans la seule voie hors de l’enfer capitaliste – la voie de la révolution socialiste.

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