« Le mouvement a touché plus d'une vingtaine de magasins, du jamais vu dans l’histoire du groupe Action en France » nous explique Mélanie Basty, élue au CSE d’Action France. Partie d’un magasin de Toulouse cet été, la mobilisation s’est rapidement étendue à travers le pays, avec une grande grève nationale le 5 décembre dernier.
Cette lutte intervient alors que l'enseigne connaît une croissance spectaculaire de son chiffre d’affaires, au prix d’une exploitation acharnée de ses salariés. Action gagne des parts de marché : face à l'inflation et à la baisse du pouvoir d'achat, les consommateurs se tournent toujours plus vers les enseignes « discount ». Entre 2022 et 2025, ce géant de la distribution a ainsi enregistré une augmentation de son chiffre d'affaires de 80 % pour atteindre 16 milliards d'euros – dont 2,3 milliards de bénéfices.
Début de la grève à Toulouse
Une mobilisation a éclaté cet été dans le magasin Action de Toulouse Chapitre, à la suite du traitement infligé par la direction à Ayoub, un salarié étranger employé comme responsable adjoint du magasin.
Lorsqu’il commence à travailler chez Action, en octobre 2025, Ayoub dispose d’un titre de séjour étudiant. À l’issue de ses études, il obtient un titre de séjour lui permettant de rechercher un emploi, mais il doit également obtenir une autorisation de travail délivrée par la préfecture. Pour cela, son employeur doit effectuer les démarches administratives nécessaires. Ayoub demande à plusieurs reprises à sa direction d’engager ces démarches ; malgré ses demandes répétées, elle ne fait rien.
Alors qu’il n’avait jusque-là jamais eu de problème, l’attitude de la hiérarchie change brutalement : en avril dernier, elle décide de suspendre Ayoub pendant trois mois avant d’annoncer, le 4 août, la rupture de son contrat, sans aucun motif. Pour la direction, il est plus simple de remplacer Ayoub par quelqu’un d’autre que d’engager les démarches administratives nécessaires. Ce licenciement abusif illustre bien le fonctionnement d’Action : surexploiter les travailleurs étrangers, puis s’en débarrasser du jour au lendemain dès qu’ils réclament leurs droits. Le traitement infligé à Ayoub a été l’élément déclencheur d’une mobilisation qui ne demandait qu’à se développer, tant les conditions de travail se dégradent pour l’ensemble des salariés.
Nous avons interviewé Malika, syndicaliste CGT au magasin Toulouse Chapitre, qui nous a décrit les pratiques lamentables de la direction d’Action ainsi que le développement de la lutte dans le magasin. « Pour ne pas payer d'heures supplémentaires, la direction du magasin a mis en place le fonctionnement suivant : elle interdit aux salariés de partir en vacances à certaines périodes de l'année, comme en novembre et décembre, périodes de forte affluence durant lesquelles beaucoup d'heures supplémentaires sont effectuées ».
L’annualisation des horaires permet à l’entreprise de faire travailler certains salariés plus de 40 heures par semaine – parfois pendant plusieurs semaines d’affilée – sans payer d’heures supplémentaires, en compensant ces heures par des jours de récupération. Pour les salariés, c’est la double peine : ils ne sont pas libres de choisir leurs périodes de congés et ne bénéficient pas du paiement des heures supplémentaires qu’ils ont pourtant effectuées.
Les salariés font aussi régulièrement face au sous-effectif, avec parfois seulement six personnes pour faire fonctionner un magasin de plus de 1 000 mètres carrés. Il n’est pas rare non plus que certains renoncent à leur pause pour atteindre les objectifs fixés, ou que des changements de planning interviennent sans respecter ni les jours de repos, ni les délais légaux d’information. Ces conditions de travail entraînent une forte instabilité des effectifs. Dans le magasin de Labège, toujours en Haute-Garonne, le turn-over est ainsi proche de 80 %, et ce moins d’un an après son ouverture !
« Pour ceux qui font grève, il y aura des représailles ! »
C’est dans ce contexte que les travailleurs du magasin de Toulouse Chapitre se sont majoritairement mis en grève le samedi 13 juin. Le magasin a été totalement mis à l’arrêt et l’enseigne a perdu environ 60 000 € de chiffre d’affaires en une seule journée. Une démonstration concrète que, sans les travailleurs, les magasins ne tournent pas. Les salariés réclament notamment la réintégration d’Ayoub, le paiement des heures supplémentaires effectuées et un renforcement immédiat des effectifs.
Deux nouvelles journées de grève ont été organisées les 1er et 29 août. De son côté, la direction a tenté d’intimider un maximum de salariés afin de les dissuader de faire grève. Sous couvert d’organiser des « tables rondes et de dialogue », elle a convoqué individuellement chaque salarié, en présence de trois cadres de la direction : le responsable RH, le responsable du magasin et le responsable régional. Au cours de ces réunions, les salariés ont été menacés. Malika nous rapporte les propos qui leur ont été tenus : « Tenez-vous droit, je ne veux plus entendre parler de grève ! », ou encore : « Pour ceux qui font grève, il y aura des représailles ! »
Ces pressions n’ont pas découragé les salariés, au contraire. Partout en France, les salariés d’Action se sont reconnus dans les conditions de travail que subissent leurs collègues de Toulouse. Le mouvement s’est étendu en Occitanie, dès le 1er août. Mélanie Basty, l’élue CGT, nous précise : « Des magasins de la région parisienne, de Bordeaux, de Marseille ou encore de Lyon ont ensuite participé à la grève du 29 août, appelée par la CGT, pour réclamer la régularisation de tous les salariés étrangers du groupe ».
La grève nationale du 5 septembre fut un grand succès. Plus d’une vingtaine de magasins Action se sont mobilisés, entraînant la fermeture complète de plusieurs d’entre eux. Cette journée historique pour les travailleurs de l'enseigne constitue un pas en avant pour le mouvement : pour gagner, il faudra inscrire la mobilisation dans la durée et l’étendre au maximum de magasins. En définitive, seule une grève massive à l’échelle nationale permettra de faire basculer le rapport de force en faveur des travailleurs. Face au patronat, l’attaque est la meilleure des défenses !

