Un mois après le début de l’agression impérialiste de l’Iran, Donald Trump a beau répéter que les Etats-Unis gagnent cette guerre haut la main (voire l’ont déjà gagnée), plus grand monde ne prend ses déclarations au sérieux.

Le 23 mars, Trump osait affirmer qu’« un changement de régime » est en cours en Iran, car « tous les représentants du régime ont été tués ». Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, poursuivait-il : « nous négocions avec des gens que je trouve très raisonnables, très solides. (…) Ils sont très respectés et peut-être que l’un d’entre eux sera celui que nous cherchons ».

En attendant, les « gens très raisonnables », en Iran, démentent publiquement toute négociation avec les Etats-Unis, contrôlent le détroit d’Ormuz et continuent de viser des cibles de leur choix, dans la région, avec des missiles et des drones qui déjouent de plus en plus souvent les défenses antiaériennes.

En 1969, Henry Kissinger – alors conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis – écrivait à propos de la guerre impérialiste au Vietnam : « La guérilla gagne si elle ne perd pas. L’armée conventionnelle perd si elle ne gagne pas. » Toutes choses égales par ailleurs, cela s’applique à la guerre actuelle : les Américains la perdent – et les Iraniens la gagnent. C’est un fait qu’aucune fanfaronnade trumpiste ne peut masquer.

Le président américain est désormais confronté au dilemme suivant : soit il cesse la guerre en appelant « victoire » une humiliante défaite ; soit il choisit l’escalade au moyen d’une incursion terrestre limitée (une invasion globale de l’Iran étant exclue).

Dans le premier cas, il n’est même pas sûr que les Iraniens cesseront la guerre – car ce sont eux, désormais, qui sont en situation de dicter les conditions d’un cessez-le-feu. Dans le deuxième cas, Trump prendrait d’énormes risques, car les pertes américaines se compteraient au moins par dizaines, et sans doute par centaines, le tout au nom d’objectifs très incertains.

Dans un commentaire cinglant publié sur X, le ministre pakistanais de la Défense a bien résumé la situation : « Le nouvel objectif de cette guerre semble être, désormais, la réouverture du détroit d’Ormuz – qui était ouvert avant la guerre ». Exactement !

Sur les plateaux de LCI, CNews et BFMTV (entre autres), l’enthousiasme imbécile des éditorialistes, au début de la guerre, a cédé la place à un pessimisme acrimonieux. Au milieu de tant de souffrances et de barbarie, c’est une précieuse source de divertissement.

L’impact économique

Un article de ce numéro de Révolution analyse en détail ce conflit. Dans les limites de cet éditorial, évoquons les conséquences de la guerre – à l’échelle mondiale – sur les plans économique, social et politique.

L’effet le plus immédiat, qui est sensible aux quatre coins du monde, c’est l’augmentation des prix de l’essence et du gazole. Même si la guerre s’arrêtait demain (ce qui est très improbable), il faudrait un certain temps avant de restaurer des niveaux de production permettant de faire baisser les prix, car d’importantes infrastructures ont été détruites, endommagées ou arrêtées. Les réparer et les relancer ne prendra pas 24 heures. Dans les jours et les semaines qui viennent, les prix à la pompe – et l’exaspération des consommateurs – pourraient battre tous les records.

Surtout, l’augmentation des prix du pétrole, du gaz naturel liquéfié (GNL) et des engrais va s’infiltrer dans l’ensemble de l’économie et renchérir de nombreuses marchandises. Il est impossible d’anticiper l’ampleur et la durée de cette poussée inflationniste, car cela dépendra notamment de l’évolution de la situation militaire. Mais les analystes de Goldman Sachs affirment, par exemple, que les effets de la pénurie d’engrais – dont 30 % de la production mondiale passe habituellement par le détroit d’Ormuz – se feront pleinement sentir dans 6 à 12 mois. Il y aura une baisse de la production agricole globale, donc une augmentation des prix et des risques de famine dans les pays exposés à ce fléau.

Avant le 28 février, l’économie mondiale s’orientait déjà vers une nouvelle récession, ou du moins vers un très net ralentissement. Il est possible qu’une crise économique majeure soit précipitée par l’actuel « choc » énergétique – qui n’est pas seulement énergétique, d’ailleurs : encore une fois, la pénurie d’engrais est un problème colossal.

Sur les marchés boursiers, les bulles spéculatives (dont celle de l’IA) pourraient éclater brutalement. A Taïwan, qui est le plus gros producteur mondial de micropuces, cette industrie dépend lourdement des importations de GNL et d’hélium en provenance du Qatar, qui a interrompu sa production. Si cette situation perdure, la fièvre spéculative sur l’IA – qui dépend directement de la production massive de micropuces – risque de céder la place à une panique générale. Tout est lié. Comme nous l’avons souvent expliqué, la mondialisation du capitalisme implique une mondialisation des crises de ce système agonisant.

Sans surprise, les marchés financiers se tendent et les taux d’intérêt augmentent – y compris sur les obligations d’Etat. Le 28 mars, Les Echos signalaient que le taux d’intérêt sur les obligations à 10 ans de l’Etat français venait d’atteindre 3,85 %, le plus haut niveau depuis 2009. Pour tenter de contenir cette poussée, le gouvernement Lecornu préparera des coupes encore plus drastiques dans les dépenses publiques.

A court terme, les travailleurs et les classes moyennes, en France, seront donc confrontés à une triple peine : la stagnation économique (avec son cortège de fermetures et de plans sociaux), l’inflation et l’austérité. Cela prépare de nouvelles explosions de la lutte des classes et une accentuation de la polarisation politique – vers la droite et vers la gauche.

Une « primaire de la gauche » ?

Cette polarisation politique, qui affectera tous les pays, s’est clairement exprimée en France à l’occasion des élections municipales. Malgré l’abstention massive, qui pénalise surtout LFI et le RN, ces deux forces politiques ont réalisé des scores importants.

Aux sommets de LFI, Mélenchon et ses camarades ont tendance à minimiser les performances électorales du RN. Ce n’est pas sérieux, car les chiffres parlent d’eux-mêmes : à Marseille, à Lens, à Toulon et dans bien d’autres villes, le RN a très fortement progressé. C’est un fait.

Pourquoi les dirigeants « insoumis » refusent-ils de prendre pleinement acte de la dynamique ascendante du RN ? Parce qu’ils ne voient pas – ou ne veulent pas voir – que cette dynamique est liée, pour partie, à leurs propres erreurs, et en particulier aux alliances de LFI avec des partis « de gauche » (dont le PS) qui sont détestés par des millions de jeunes et de travailleurs. La Nupes (2022) et le NFP (2024), en particulier, ont favorisé l’ascension du RN, même si celle-ci a des causes bien plus profondes et anciennes.

Ceux qui comprennent encore moins cette dynamique du RN, ce sont tous les partisans d’une « primaire de la gauche » en vue de l’élection présidentielle d’avril 2027 : les Ruffin, Autain, Tondelier, Garrido et compagnie. Ces gens proposent une procédure au terme de laquelle LFI pourrait avoir à se ranger derrière la candidature d’un Olivier Faure – si « le peuple de gauche » en décide ainsi lors de la « primaire de la gauche ».

Nous ne savons pas très bien quel est le périmètre du « peuple de gauche » dans un monde où « la gauche » comprend Faure, Hollande et Glucksmann. Ce que nous savons, par contre, c’est qu’une fraction croissante du peuple travailleur, exploité et opprimé, déteste tous les partis du « centre », tous les vieux « partis de gouvernement » (PS compris) – et s’orientera vers le RN en avril 2027 s’il n’y a pas, à gauche, une candidature dotée d’un programme suffisamment radical et « anti-système ».

Le PCR rejette l’idée d’une « primaire de la gauche », dont l’objectif réel est d’affaiblir et de discréditer la candidature de Mélenchon. Comme en 2017 et en 2022, nous apporterons un soutien critique au candidat de LFI. Nous appellerons à battre la droite et l’extrême droite en votant pour LFI, mais nous expliquerons les limites de son programme réformiste. Nous défendrons notre programme marxiste, révolutionnaire, qui vise la conquête du pouvoir par la classe ouvrière, l’expropriation de la grande bourgeoisie et la réorganisation de la société sur des bases socialistes.

Nous ne doutons pas que cette position sera comprise et appréciée par de nombreux jeunes et travailleurs qui veulent en finir avec le macronisme et écarter le danger de l’extrême droite. D’ores et déjà, nous appelons tous ceux qui partagent nos idées à rejoindre le PCR et à construire, avec nous, les forces du marxisme révolutionnaire – les seules à même de porter la classe ouvrière au pouvoir.


Sommaire

Ils bombardent, nous payons - Edito du n°99
Le congrès et la collecte du PCR
Commandez notre brochure contre le RN !
Succès du 8 mars communiste de l’ICR
Première grève de l’histoire chez Leboncoin
Brèves
Stop à la répression syndicale ! Solidarité avec la CGT Géodis Calberson !
« Il faut prendre le contrôle de nos magasins »
Lycées professionnels : le gouvernement abandonne le « parcours en Y »
Le chômage repart à la hausse
Les leçons des élections municipales
Noisiel : nouvelle agression raciste et policière
La guerre en Iran et le déclin de l'impérialisme américain
La mort d’El Mencho, le capitalisme mexicain et l’impérialisme américain
La révolution cubaine en danger de mort
Pakistan : Ehsan Ali et les dirigeants du AAC de nouveau arrêtés
Bande dessinée : un art en crise
CPE : 20 ans après, les leçons d’une victoire
Le rôle des individus dans l’histoire

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