Le loyer est de loin la dépense principale pour les étudiants qui n’habitent plus chez leurs parents. D’après un rapport publié en mars par la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes), plus de la moitié des étudiants disposent de moins de 200 euros pour le reste des dépenses du mois (alimentation, soins, transports, loisirs) après avoir payé leur loyer ; pour 22 % des étudiants, cette somme est même inférieure à 100 euros. Une enquête de l’Union étudiante a aussi montré que près d’un dixième (9,4 %) des étudiants n’ont plus d’argent du tout après avoir payé leur loyer et leurs courses.
Dans un discours prononcé en 2022, Emmanuel Macron déplorait qu’il y ait « tant de précarité étudiante » alors qu’« un tiers des étudiants sont boursiers ». Ces larmes de crocodile présidentielles n’ont pourtant pas empêché le gouvernement Lecornu de geler le montant des bourses en 2026 ; pas plus qu’elles n’avaient empêché en 2024 le gouvernement Attal d’autoriser les Crous à augmenter leurs loyers. Depuis, ceux-ci ont augmenté de près de 7 % !
Un étudiant sur trois en situation de mal-logement
La FAGE rapporte qu’un étudiant sur trois est en situation de mal-logement, avec des moisissures, des nuisibles (termites, punaises de lit, cafards, ou rongeurs) ou des dégâts des eaux. C’est le cas, par exemple, dans la résidence Crous de Grandmont, à Tours, où certains étudiants ne dorment plus chez eux à cause d’une infestation de cafards, ou encore à Poitiers, dans la cité Descartes, où les locataires subissent des infestations de champignons et des coupures d’eau chaude.
En plus d’être vétustes et relativement chers, les logements Crous sont largement insuffisants par rapport à la demande : on ne compte qu’environ 175 000 logements Crous pour trois millions d’étudiants. Chaque année, le nombre d’étudiants progresse de 50 000 en moyenne, tandis que moins de 10 000 nouveaux logements Crous sont créés.
Ce décalage rend le marché du logement étudiant particulièrement avantageux pour les promoteurs et les propriétaires immobiliers du secteur privé. Comme l’explique la FAGE, ces derniers pratiquent des loyers nettement supérieurs, en moyenne de 200 euros, à ceux d’un logement Crous. Pour un étudiant, cet écart représente plus d’un mois de courses.
Trouver un appartement dans le privé relève souvent du parcours du combattant. Selon la FAGE, 15 % des étudiants mettent plus de trois mois à trouver un logement. Depuis l’instauration de la sélection à l’université, les étudiants qui sont en liste d’attente sur Parcoursup doivent pourtant attendre jusqu’à quelques semaines à peine avant la rentrée pour savoir dans quelle ville ils feront leurs études, ce qui les oblige à chercher un logement en toute urgence, souvent à des prix encore plus élevés.
Les entreprises du BTP, les promoteurs immobiliers et les investisseurs privés évoquent souvent un marché locatif « en tension ». Le site spécialisé LocService estime qu’en France, il y a en moyenne 4,69 demandeurs pour chaque logement disponible à la location. À Lyon et à Paris, ce chiffre tourne autour de 12 demandeurs par logement. Mais cette pénurie est largement alimentée par le refus des acteurs privés de construire davantage de logements. Pourquoi le feraient-ils quand la pénurie leur rapporte des sommes faramineuses !
Quel programme ?
La propriété immobilière est de plus en plus concentrée : d’après l’INSEE, 3,5 % des ménages possèdent la moitié des logements mis en location en France. Le marché locatif ne profite donc (grassement) qu’à une toute petite minorité de la société.
Il est impossible de mettre fin au mal-logement étudiant, à la spéculation et à l’augmentation des loyers sans s’attaquer à la propriété privée capitaliste. Il faut nationaliser les résidences étudiantes privées et fixer leurs loyers en fonction des revenus réels des étudiants, tout en augmentant les bourses et les APL. Il faudrait aussi exproprier les grands groupes immobiliers et lancer un plan massif de construction et de rénovation de logements.
Ce n’est que sur la base d’une transformation socialiste de la société que se loger pourra devenir un droit véritablement garanti, et ce, non seulement pour les étudiants, mais pour l’ensemble de la population.

