L’agression impérialiste de l’Iran et du Liban suscite l’indignation de larges fractions de la jeunesse et de la classe ouvrière du monde entier.

En France, les médias bourgeois traitent différemment la guerre en Iran (qu’ils soutiennent pleinement) et la guerre au Liban (qu’ils jugent « problématique »). Cette différence de traitement reflète les positions de l’impérialisme français, qui cherche à défendre ses importants intérêts économiques au Liban et son image (fanée) de puissance « protectrice » de ce pays. A l’inverse, les jeunes et les travailleurs indignés par ces guerres ne font pas de différence – à juste titre – entre l’agression de l’Iran et celle du Liban.

Cependant, force est de constater que deux semaines après le début de ces guerres, aucune mobilisation massive, en France, n’a été organisée pour s’y opposer. Il y a eu des rassemblements de protestation, mais aucun n’a dépassé de beaucoup le cercle des militants de gauche les plus actifs.

Pour donner une expression collective, dans la rue, à la colère que suscitent les guerres en Iran et au Liban, il faudrait que les grandes organisations du mouvement ouvrier – à commencer par la CGT et LFI – jettent toutes leurs forces dans cette bataille. Or elles ne font rien de tel, à ce stade. C’est lié au fait que leurs positions politiques sur ces guerres sont foncièrement erronées, comme nous allons le montrer à propos de l’Iran.

La position du PCR

Mais d’abord, commençons par résumer la position du PCR et de notre Internationale, l’ICR. Nous soutenons inconditionnellement l’Iran contre l’impérialisme américain – qui est la force la plus réactionnaire au monde – et son allié israélien. Nous condamnons sans réserves cette nouvelle agression militaire contre un pays soumis depuis des décennies aux pressions, sanctions et agressions des impérialistes occidentaux.

Du point de vue de la lutte des exploités et des opprimés du monde entier, l’issue la plus favorable serait une défaite des Américains et des Israéliens – c’est-à-dire, concrètement, leur incapacité à soumettre l’Iran à leurs diktats impérialistes. Une telle défaite affaiblirait Trump, Netanyahou et leurs impérialismes respectifs. Elle affaiblirait aussi les impérialistes européens qui soutiennent l’effort de guerre israélo-américain.

On nous répondra : « Mais que faites-vous du régime iranien ? Une défaite des Américains et des Israéliens ne marquerait-elle pas une victoire et un renforcement du régime des mollahs ? Est-ce que votre position ne revient pas à soutenir ce régime réactionnaire et dictatorial ? ».

Absolument pas. Nous n’avons aucune espèce de sympathie pour l’actuel régime iranien – qui par ailleurs n’est pas affaibli, mais au contraire renforcé (à court terme) par l’agression israélo-américaine, laquelle a pour effet de souder les masses autour du pouvoir. Ceci dit, notre position sur cette guerre n’est pas déterminée par le caractère du régime iranien ; elle est d’abord déterminée par le caractère impérialiste de la guerre que subit l’Iran – et par les intérêts de classe qui sont en jeu.

Nous voulons la chute du régime iranien – mais pas une chute provoquée par une guerre impérialiste, car cela ne pourrait déboucher que sur une aggravation de la situation des masses iraniennes, voire sur un démembrement de l’Iran, comme le souhaite ouvertement Netanyahou.

Jamais un changement de régime provoqué par une agression des impérialistes occidentaux n’a conduit à l’émancipation des peuples concernés. En témoigne la situation en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie (entre autres) : dans tous ces pays, les peuples ont été plongées dans la barbarie par les interventions impérialistes de ces dernières décennies, qui ont toutes été organisées sous le drapeau de la « démocratie » et d’autres promesses mensongères.

Notre position est claire : c’est au peuple iranien, et à lui seul, de se débarrasser du régime des mollahs. Quant à l’Internationale Communiste Révolutionnaire, elle défend en Iran – comme ailleurs – un programme révolutionnaire : pour en finir avec l’exploitation, la misère et l’oppression, les masses iraniennes devront exproprier leur grande bourgeoisie et engager la transformation socialiste de la société. Il n’y aura pas de solutions à leurs souffrances sur la base du capitalisme iranien.

Le problème central, en Iran, c’est précisément l’absence d’un grand parti défendant un programme révolutionnaire. Il faut construire ce parti – et il sera construit. Dans l’immédiat, une chose est sûre : l’actuelle agression impérialiste ne fait pas avancer d’un millimètre la lutte du peuple iranien pour son émancipation. Par ailleurs, seule la lutte des travailleurs du monde entier contre leurs propres bourgeoisies – et contre l’agression impérialiste de l’Iran – peut jouer un rôle décisif dans la lutte pour l’émancipation du peuple iranien. Voilà pourquoi nous disons : « Pas touche à l’Iran ! A bas les impérialistes américains, israéliens et européens ! Pour l’unité des travailleurs du monde entier contre l’impérialisme et le capitalisme ! ».

Le PS et la CGT

Venons-en à la position que défendent les dirigeants de « la gauche » réformiste.

La position du PS ne mérite pas qu’on s’y attarde, car elle ne se distingue en rien de celle du gouvernement français. Le PS ne s’oppose pas à la guerre contre l’Iran et accuse le régime iranien de « conduire l’ensemble de la région dans le chaos et la violence ». Cette position confirme simplement ce que nous savions déjà : la direction du PS défend ouvertement les intérêts de l’impérialisme français.

Quelle position défend la CGT, qui est la plus puissante organisation du mouvement ouvrier français ? Dans le premier paragraphe de son communiqué du 2 mars, la direction confédérale déclarait : « La CGT condamne, avec la plus grande fermeté, l’attaque menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran et les représailles de l’Iran envers 8 pays de la région qui hébergent des bases américaines, alors même que des négociations étaient en cours sur le dossier nucléaire. »

Ainsi, la direction de la CGT « condamne » fermement à la fois « l’attaque » des agresseurs impérialistes et les « représailles » du pays agressé, qui a déjà subi des années de sanctions économiques et, en juin dernier, douze jours de bombardements intensifs. Entre l’agresseur impérialiste et l’Iran, la direction de la CGT refuse de choisir : elle se tient au-dessus de la mêlée et fustige les deux camps « avec la plus grande fermeté ».

Si l’Iran n’avait pas répliqué à l’agression israélo-américaine, on suppose que la direction de la CGT n’aurait pas eu à condamner « avec la plus grande fermeté » les « représailles » iraniennes. Mais comme l’Iran a répliqué, comme l’Iran s’est défendue (ce qui nous semble être son droit !), elle tombe sous le coup de l’archi-ferme « condamnation » de Sophie Binet et de la direction confédérale de la CGT. Plus loin, cette position est réaffirmée dans les termes suivants : « Nous appelons à l’arrêt immédiat des frappes » – y compris les frappes iraniennes – « et à la désescalade de toutes les parties ». La direction de la CGT jette dans le sac d’une même condamnation l’Iran et ses agresseurs impérialistes. C’est lamentable.

Mais il y a pire. Non seulement la direction de la CGT ne soutient pas l’Iran contre ses agresseurs, mais elle en appelle aux impérialistes européens pour « désamorcer le conflit ». Après avoir critiqué Trump et Netanyahou, le communiqué de la CGT explique : « Nous n’accepterons pas que la France s’aligne sur cette politique impérialiste et belliciste, comme la déclaration France/Allemagne/Grande-Bretagne publiée dimanche soir en ouvre la perspective ». En réalité, « ouvrir la perspective » est un très doux euphémisme, car lorsque ce communiqué de la CGT a été publié, le 2 mars, les impérialistes français, allemand et britannique apportaient déjà une contribution directe à la guerre contre l’Iran. Mais cet euphémisme vise à ménager la revendication suivante des dirigeants de la CGT : « La diplomatie européenne doit assumer pleinement son rôle afin de désamorcer le conflit et mettre en place les conditions permettant aux Iraniennes et aux Iraniens de choisir leur futur. »

Hélas, dans le monde réel, « la diplomatie européenne » est une diplomatie impérialiste, qui repose non sur les statuts de la CGT, mais sur la puissance économique et militaire des impérialismes européens. La direction de la CGT l’ignore-t-elle ? On suppose que non. Toujours est-il qu’en demandant à la « diplomatie européenne » de « désamorcer le conflit » et de « mettre en place les conditions permettant aux Iraniennes et aux Iraniens de choisir leur futur », la direction de la CGT propose de placer le sort du peuple iranien entre les mains des impérialistes européens, c’est-à-dire d’une « diplomatie » appuyée par le militarisme européen – lui-même associé, en l’occurrence, aux militarismes américain et israélien.

Si l’on refuse de se payer de mots et de formules, il n’y a pas d’autre interprétation possible à ce communiqué de la direction de la CGT. Il est beaucoup moins ouvertement subordonné aux intérêts de l’impérialisme français que celui du PS, mais le résultat n’est pas très différent.

Les Verts et le PCF

Les positions officielles des Verts et du PCF sont très proches de celle des sommets de la CGT. Elles ne formulent pas de soutien catégorique à l’Iran contre ses agresseurs impérialistes. Elles n’affirment même pas le droit de l’Iran à se défendre. Et elles en appellent, au final, à « la diplomatie » impérialiste. Les deux choses sont liées : lorsqu’on s’en remet à la « diplomatie » impérialiste, on appelle (au moins implicitement) l’Iran à s’y soumettre.

Dans ses formulations précises, le communiqué des Verts est un peu plus radical que celui de la CGT, ce qui devrait alerter les militants de cette confédération syndicale. Mais pour le reste, les Verts se distinguent surtout par le fait d’insister sur « le précédent accord sur le nucléaire iranien négocié sous l’administration Obama (JCPOA) », qui aurait « démontré que la négociation peut produire des résultats diplomatiques et ouvrir des voies de désescalade ».

C’est absurde. La « diplomatie » en question, sous Obama, s’appuyait sur l’écrasante supériorité économique et militaire de l’impérialisme américain. Le JCPOA n’était pas un « accord » entre puissances égales, mais un diktat imposé à l’Iran : en échange d’une levée partielle des sanctions économiques et de la pression militaire, le régime iranien acceptait de soumettre son programme nucléaire au contrôle des impérialistes occidentaux. Est-ce là une « diplomatie » satisfaisante, d’un point de vue démocratique élémentaire ? Evidemment pas. Mais cela satisfait pleinement les dirigeants d’EELV.

Au nom de quoi la France peut-elle décider librement de son programme nucléaire, alors que l’Iran doit soumettre le sien aux contrôles et restrictions des impérialistes occidentaux ? Réponse : au nom de l’impérialisme, c’est-à-dire de ce « droit du plus fort » que le communiqué des Verts, pourtant, prétend rejeter. Cette duplicité est au service de l’impérialisme français, que les dirigeants d’EELV ne veulent pas contrarier.

De son côté, le PCF commence par s’opposer à la participation de la France au « bombardement et au pillage du peuple iranien ». Il écrit aussi qu’en Iran « le changement ne peut venir que du peuple iranien lui-même ». Très bien. Mais de façon totalement contradictoire, la direction du PCF s’en remet, elle aussi, à « la diplomatie » impérialiste : « La France doit agir avec les pays de la région pour un cessez-le-feu immédiat, stopper l’embrasement généralisé et faire respecter le droit international ». Plus loin : la France « doit porter en toute indépendance une voix de paix et de droit international ».

Rappelons aux dirigeants du PCF que la France est une puissance impérialiste – désormais de troisième rang, certes, mais tout de même impérialiste. Tant que la bourgeoisie française sera au pouvoir, elle ne défendra pas « la paix » ou le prétendu « droit international » ; elle défendra ses intérêts de classe. En l’occurrence, la bourgeoisie française a sauté dans le train de la guerre israélo-américaine pour tenter de défendre ses propres intérêts, et notamment sa crédibilité auprès de ses alliés dans la région.

En appeler à la bourgeoisie française et à son gouvernement pour qu’ils défendent « la paix » au Moyen-Orient, c’est jeter des illusions sur le caractère de la « diplomatie » française. Dès lors, c’est soutenir de facto les mensonges de Macron et consorts sur les objectifs réels de l’intervention française. Le premier devoir des communistes est, au contraire, de les dénoncer.

La position de LFI

On pourrait s’attendre à ce que la direction de LFI développe une meilleure position que celles des Verts, du PCF et de la CGT. Il n’en est rien. Dans les communiqués et déclarations des dirigeants de LFI, on retrouve les mêmes erreurs et contradictions. La « diplomatie » française y est appelée à faire régner « la paix et le respect du droit international ».

Les déclarations officielles de LFI insistent sur le prétendu « droit international » et le rôle de l’ONU. Sur cette question, nous renvoyons le lecteur à un article de 2016, dans lequel nous écrivions :

« L’ONU n’a jamais empêché – et n’empêchera jamais – la moindre guerre. Elle n’a jamais joué un rôle progressiste. Cette institution n’est qu’un forum dans lequel les grandes puissances impérialistes débattent surtout des questions secondaires. Lorsqu’une question importante est à l’ordre du jour, l’ONU n’a pas le dernier mot : ce sont les grandes puissances qui décident, suivant leurs intérêts. On l’a vu, par exemple, avec l’invasion de l’Irak en 2003. Pour des raisons liées aux intérêts de l’impérialisme français, la France avait pris position contre l’intervention militaire, à l’ONU. Qu’ont fait les Américains ? Ils ont tout de même envahi l’Irak, sans mandat de l’ONU. Et ce n’est là qu’un exemple parmi bien d’autres.

« Il est vrai que, parfois, les cinq puissances du Conseil de Sécurité de l’ONU s’entendent sur certaines interventions militaires. Mais celles-ci n’en conservent pas moins leur caractère impérialiste, et donc réactionnaire. La première guerre du Golfe (1990) était appuyée par l’ONU – tout comme l’embargo imposé à l’Irak entre 1991 et 2003, lequel a fait, selon les sources, entre 500 000 et 1,5 million de victimes, dont une majorité d’enfants. Plus récemment, il y a eu l’intervention en Libye (2011), dont chacun peut aujourd’hui apprécier les résultats. Et que dire de Haïti, pays martyr qui, depuis 2004, vit sous une dictature de facto des "Casques bleus" de l’ONU ? »

Par ailleurs, force est de constater que dans ses appels à la « diplomatie » française, la direction LFI va encore plus loin – dans le mauvais sens ! – que la CGT, le PCF et les Verts. Par exemple, le 5 mars, le groupe parlementaire de LFI publiait un communiqué affirmant que « la France doit évidemment respecter les accords de défense qui la lient à plusieurs pays du Golfe, dans le cadre d’une posture strictement défensive, comme l’avait initialement annoncé Emmanuel Macron. Mais ce cadre défensif ne peut servir de prétexte à une aide à l’offensive menée par les Etats-Unis. »

Rien ne va dans ces quelques lignes. Les « accords de défense » entre la France et des monarchies du Golfe ont un caractère impérialiste, réactionnaire, de sorte que le mouvement ouvrier français ne doit pas les « respecter », mais les dénoncer et les combattre. Quant à la possibilité d’une « posture strictement défensive » de l’armée française, c’est une très mauvaise plaisanterie. Le simple fait de participer à la « défense » des monarchies du Golfe est une contribution positive et effective à l’agression israélo-américaine, en particulier dans un contexte où le stock de munitions « défensives » (anti-aériennes) est un élément déterminant du conflit.

Quoi qu’elle en dise, la direction de LFI soutient de facto la participation de l’impérialisme français à l’agression de l’Iran.

Sur la question palestinienne, la direction de LFI a tenu bon face à ses adversaires de droite et « de gauche ». A l’inverse, elle développe cette fois-ci une position absurde et, de fait, réactionnaire.

Le PCR apporte un soutien critique à LFI. Tout en défendant notre programme marxiste, nous ferons campagne pour la victoire de LFI en avril 2027. Mais ce qui précède est une expression flagrante – et à vrai dire scandaleuse – des profondes carences politiques de la direction de ce mouvement réformiste. Raison de plus pour construire le PCR et l’ICR, qui défendent fermement les idées et le programme de l’internationalisme prolétarien.

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