La loi « Ripost », promulguée le 18 août, marque un nouveau tour de vis sécuritaire. Le gouvernement a rassemblé des phénomènes très différents pour leur appliquer la même « réponse » : davantage d’amendes, de prison et de surveillance policière.

Cette répression tous azimuts ne réglera aucun des « problèmes » auxquels prétend se confronter la loi. Mais en rassemblant tout et n’importe quoi dans une même catégorie de « désordre », le gouvernement joue la surenchère sécuritaire avec LR et le RN, tout en essayant de détourner l’attention des véritables problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs.

Des « teufeurs » transformés en délinquants

La loi Ripost vise les free parties (ou « rave parties »). Le seuil de déclaration en préfecture pour ce type d’évènement passe de 500 à 250 participants. L’organisation irrégulière, auparavant punie d’une contravention allant jusqu’à 1500 euros, devient un délit : contribuer « directement ou indirectement » à l’organisation d’une fête non déclarée ou interdite peut valoir deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. La simple participation peut être punie de six mois de prison et 7500 euros d’amende.

Cette chasse aux « teufeurs » sert la propagande sécuritaire du gouvernement, mais vise aussi des rassemblements de jeunes qui échappent au contrôle de l’Etat et peuvent prendre un contenu revendicatif.

Généralement gratuites ou à prix libre, les free parties sont perçues par nombre de jeunes comme plus libres et plus sûres que les boîtes de nuit. Elles ne sont pour autant pas exemptes de dangers ou de nuisances – même si on est très loin des scènes de chaos et de débauche décrites par les réactionnaires. Mais, comme l’ont souligné les associations de santé, criminaliser organisateurs et participants risque surtout de pousser les fêtes davantage dans la clandestinité et d’entraver la réduction des risques.

Attaque contre les gens du voyage

Depuis la loi Besson de 2000, les collectivités doivent aménager des aires pour les gens du voyage. Mais, fin 2024, seuls 12 départements métropolitains sur 96 respectaient complètement leurs obligations. Cette pénurie contraint des familles à stationner là où elles peuvent.

Plutôt que d’imposer aux collectivités de remplir leurs obligations, le gouvernement s’attaque aux gens du voyage et double l’amende forfaitaire à 1000 euros. De plus, tout branchement non autorisé à l’eau ou à l’électricité est désormais automatiquement considéré comme une « atteinte à la sécurité publique », ce qui facilite les expulsions.

Des associations résument dans Le Monde : « Les victimes de l’incurie de l’Etat et des pouvoirs publics sont ainsi désignées comme délinquants à combattre. »

Lancé dans la course au candidat le plus raciste, Gabriel Attal est allé se « confronter » à des gens du voyage en se faisant accompagner d’une nuée de journalistes. Mais il s’est fait rappeler le manque de terrains par un « occupant ». Ce numéro de propagande tournant au ridicule, il s’est terminé hors caméra.

Il y en aura pour tout le monde

Le reste du catalogue prévu par la loi Ripost est à l’avenant : inhaler du protoxyde d’azote hors acte médical devient un délit puni d’un an de prison et 3750 euros d’amende. A partir de février 2027, sa détention et son transport seront en principe interdits aux particuliers – amateurs de chantilly maison, vous êtes prévenus !

Transporter des feux d’artifice « sans motif légitime » pourra valoir jusqu’à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende. La peine de base pour les « rodéos urbains » est également doublée.

Pour réprimer tous ces « désordres », la loi Ripost multiplie les « amendes forfaitaires délictuelles » (AFD) qui permettent de sanctionner un délit par une amende sans avoir à passer devant un juge, renforce les pouvoirs des préfets et les moyens de la police (drones, contrôles aux frontières…). Pour les personnes placées sous vidéosurveillance en garde à vue, la loi supprime aussi l’obligation d’enregistrer les images : ce sera autant de preuves potentielles en moins en cas de violences policières.

Elle prolonge aussi jusqu’en 2030 la vidéosurveillance algorithmique introduite « à titre expérimental » pour les JO. Des députés LFI ont tenté d’interdire explicitement son usage contre les rassemblements politiques, syndicaux ou revendicatifs… sans succès.

Le mouvement ouvrier organisé doit combattre cette offensive répressive contre nos droits démocratiques. Cet arsenal répressif est utilisé aujourd’hui pour persécuter les gens du voyage, et distraire l’attention des masses, il sera mobilisé demain contre les travailleurs en lutte !

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