Le 25 avril, le Mali a été le théâtre d’une offensive de l’alliance entre les nationalistes Touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les djihadistes du Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM). Les forces rebelles ont pris le contrôle de la plus grande partie du nord du Mali ; elles se sont même avancées jusqu’aux abords de plusieurs villes du centre du pays, chassant au passage les troupes du gouvernement malien et leurs alliés russes. Iyad Ag Ghali, chef du GSIM, a proclamé son intention de mettre sur pied un « nouveau Mali » dont « l’une des priorités essentielles [sera] l’établissement de la charia ».
De « Barkhane » à l’« Alliance des Etats du Sahel »
En 2013, une précédente offensive des rebelles touaregs, alors organisés dans le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), et des djihadistes du groupe Ansar Dine (que dirigeait déjà Iyad Ag Ghali), servit de prétexte à une intervention française au Mali. L’armée française repoussa les rebelles et soutint l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président, Ibrahim Boubacar Keïta, ancien représentant au Mali du Fonds européen de développement.
Dans le cadre de l’opération Barkhane, des troupes françaises ont guerroyé pendant près de 10 ans au Mali, mais aussi au Burkina Faso et au Niger. La population civile a payé un lourd tribut à cette intervention impérialiste. A plusieurs reprises, l’armée française a commis de sanglantes bavures (comme le bombardement d’une cérémonie de mariage, en 2021) tandis que les gouvernements malien et burkinabé, soutenus par la France, mettaient sur pied des milices qui multipliaient les massacres ethniques.
Le Sahel est une région stratégique pour l’impérialisme français. Il y trouvait des ressources essentielles à son économie, notamment l’uranium exploité au Niger par Areva (devenue depuis Orano), tandis que ses entreprises y contrôlaient des marchés importants : les groupes Total et Bolloré occupaient alors des positions dominantes – respectivement dans le secteur pétrolier et dans celui des infrastructures.
Malgré des moyens importants, l’opération Barkhane n’est jamais parvenue à vaincre la rébellion. Cet échec et la tutelle de plus en plus pesante de Paris ont suscité une colère croissante dans la population malienne, et même dans une partie de l’armée. En 2020 et 2021, deux coups d’Etat renversèrent le président Keïta et portèrent au pouvoir le colonel Assimi Goïta. L’année suivante, le capitaine Ibrahim Traoré prenait le pouvoir au Burkina Faso. En 2023, c’était au tour du général Abdourahamane Tiani de se proclamer président du Niger. Les troupes françaises furent contraintes de quitter ces trois pays, où elles furent remplacées par des conseillers et des soldats russes.
Cela représentait une sérieuse défaite pour l’impérialisme français. Le départ des troupes françaises s’accompagna de l’arrivée de sociétés russes ou chinoises. Des entreprises françaises furent même expulsées ou saisies. En 2025, par exemple, le gouvernement nigérien nationalisait une filiale d’Orano. Quelques mois plus tard, une filiale de l’entreprise française Geocoton était nationalisée au Burkina Faso.
Le Niger, le Mali et le Burkina Faso créèrent l’Alliance des Etats du Sahel. Cette nouvelle entité devait servir de contrepoids à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui est largement dominée par l’impérialisme français.
Hypocrisie impérialiste
L’impérialisme français ne désespère pas de reprendre le contrôle du Sahel. Ces dernières semaines, l’attitude plus qu’ambiguë du gouvernement français face à l’offensive des rebelles est tellement flagrante qu’elle a été notée même par Le Monde, pourtant fervent propagandiste de l’impérialisme français en Afrique. Il ne serait pas surprenant que les services secrets français aient directement contribué aux récents revers militaires du gouvernement malien. Avant même l’expulsion des troupes françaises en 2022, de nombreux Maliens accusaient déjà Paris d’entériner la division du Mali en jouant un double jeu avec les rebelles du MNLA, aujourd’hui alliés au GSIM.
Ce ne serait pas la première fois que l’impérialisme français appuie des factions armées en Afrique ou au Moyen-Orient. Au Rwanda, la France a soutenu les génocidaires hutus ; en Centrafrique, elle a suscité ou encouragé plusieurs guerres civiles ; en Libye, elle a apporté une aide directe aux troupes du maréchal Haftar. On pourrait multiplier les exemples.
Au passage, l’attitude de l’impérialisme français vis-à-vis des djihadistes maliens – ceux-là même qu’il a combattu pendant près d’une décennie – montre bien toute l’hypocrisie des discours de la bourgeoisie française sur la « menace islamiste ». La classe dirigeante française s’accommode très bien des islamistes lorsque cela sert ses intérêts. En Syrie, la France soutient le régime de l’ex-djihadiste Ahmed al-Charaa, alors même que ses milices massacrent les Alaouites, les Druzes et les Kurdes. En soutenant les djihadistes maliens, au moins tacitement, l’impérialisme français cherche à affaiblir des gouvernements africains qui ont eu l’audace de rejeter sa domination et de faire appel à d’autres puissances impérialistes, rivales de la France.
Solidarité contre l’impérialisme français !
Il est impossible de dire si la rébellion malienne va réussir à renverser le régime d’Assami Goïta. Le Mali est une position importante pour l’impérialisme russe en Afrique de l’Ouest. Il est donc probable que ses forces continueront à soutenir l’armée malienne. Par ailleurs, après des décennies de colonisation, d’ingérence et d’exploitation, l’impérialisme français est tellement détesté dans le Sahel que son appui tacite aux rebelles contribue sans aucun doute à desservir ceux-ci auprès de la majorité de la population malienne.
Quoi qu’il en soit, notre position vis-à-vis de cette guerre ne doit laisser place à aucune ambiguïté : l’impérialisme français est une force réactionnaire, prête à utiliser n’importe quel moyen pour restaurer son contrôle sur le Sahel. C’est au nom des intérêts du CAC40 que l’Etat français sème le chaos de l’autre côté de la Méditerranée, mais c’est aussi en leur nom qu’il impose des mesures d’austérité en France. Le capitalisme français est notre ennemi comme il est celui des travailleurs d’Afrique. Il est du devoir du mouvement ouvrier français de démasquer la propagande hypocrite de notre classe dirigeante et de s’opposer à ses manœuvres dans le Sahel.
Enfin, il nous faut souligner n’y a pas d’avenir pour les travailleurs d’Afrique de l’Ouest et du Sahel dans le cadre du capitalisme. Pour abattre la domination impérialiste, repousser les forces réactionnaires et arracher la région au sous-développement, les masses exploitées et opprimées de la région devront y prendre le pouvoir et réorganiser la société sur des bases socialistes.

