Près de deux mois après le début de la guerre contre l’Iran, il devient chaque jour plus évident qu’elle marque une défaite d’une ampleur historique pour l’impérialisme américain.
L’Iran a été soumis à un véritable déluge de feu. Contrairement à ce qu’affirment les impérialistes, ces bombardements n’ont pas touché que des cibles militaires. 924 écoles et 30 universités ont été endommagées ou détruites. Entre 92 000 et 115 000 logements ont été réduits à néant, provoquant le déplacement de 3,2 millions de personnes. Mais cette débauche de brutalité militaire n’a pas permis aux Etats-Unis d’atteindre un seul de leurs objectifs de guerre.
Impasse
Les impérialistes américains voulaient empêcher l’Iran de poursuivre son programme nucléaire. Résultat : Téhéran a plus de raisons que jamais de se doter de l’arme atomique.
Trump et sa clique voulaient détruire les capacités militaires de l’Iran. En vain : le régime y dispose toujours d’un gigantesque arsenal de missiles balistiques et de drones. Cet arsenal est alimenté par une importante industrie militaire, qui n’a été que très partiellement neutralisée par la campagne de bombardements. Avant le cessez-le-feu, les tirs iraniens étaient de plus en plus efficaces, tandis que les stocks d’intercepteurs américains et israéliens s’épuisaient rapidement.
Les Etats-Unis voulaient couper les liens entre l’Iran et ses alliés dans la région, mais le Hezbollah résiste toujours à l’invasion israélienne du Liban, en coordination avec Téhéran, tandis que les Houthis préviennent qu’ils fermeront le passage du Bab-el-Mandeb si les bombardements contre l’Iran reprennent.
Enfin, l’objectif central des Etats-Unis – auquel étaient subordonnés les autres objectifs – était de renverser le gouvernement iranien pour le remplacer par un régime fantoche et pro-américain. Mais la guerre a, au contraire, soudé une bonne partie de la population iranienne autour de l’appareil d’Etat, qui est aujourd’hui plus populaire qu’il ne l’a été depuis des décennies.
Cerise sur le gâteau : l’Iran a pris le contrôle du détroit d’Ormuz, sans que les Américains ne puissent les en empêcher. La fermeture de cette artère vitale a placé l’économie mondiale au bord du précipice. Aux Etats-Unis même, l’inflation est remontée brusquement, sapant encore un peu plus la popularité d’un Donald Trump déjà discrédité par le scandale Epstein et la répression brutale des migrants.
Cessez-le-feu et provocations
Après avoir menacé, le 7 avril, de « détruire la civilisation » iranienne, Trump a été contraint d’opérer une retraite humiliante, le lendemain, en annonçant qu’un cessez-le-feu avait été conclu sous les auspices du Pakistan. Comme l’a déclaré alors un ministre pakistanais, ce cessez-le-feu devait s’appliquer à toute la région, y compris le Liban. Mais quelques heures plus tard, l’aviation israélienne bombardait massivement le Liban, tuant près de 300 personnes en quelques minutes. Par cette violation flagrante du cessez-le-feu, le gouvernement israélien cherchait à empêcher que la guerre en Iran ne prenne fin.
La classe dirigeante israélienne veut la dislocation pure et simple de l’Iran, car c’est le seul pays du Moyen-Orient qui est en mesure d’y contester la suprématie militaire d’Israël. Les dirigeants israéliens veulent donc que la guerre continue et que les Américains détruisent l’Iran. Les sionistes les plus radicaux, qui occupent plusieurs ministères au sein du gouvernement de Netanyahou, entendent aussi profiter du conflit pour coloniser toute la Cisjordanie et le sud du Liban.
Israël est le dernier allié solide de l’impérialisme américain au Moyen-Orient ; aussi Trump a-t-il prétendu que le cessez-le-feu n’incluait pas le Liban. En réponse, les Iraniens ont annoncé refuser toute nouvelle négociation tant que les Israéliens bombarderaient le Liban. Sous pression, Trump a fini par contraindre les Israéliens d’accepter un cessez-le-feu formel avec le gouvernement libanais. L’armée israélienne n’en a pas moins continué à bombarder quotidiennement le Liban. Le cessez-le-feu est une pure mascarade. Le 23 avril, l’armée israélienne a même revendiqué l’assassinat d’une journaliste libanaise.
Le 12 avril, Trump a surpris le monde entier en annonçant l’entrée en vigueur d’un blocus naval contre l’Iran, au large du détroit d’Ormuz. A la veille de la deuxième session de pourparlers censée se tenir au Pakistan, Trump a fait saisir plusieurs cargos et pétroliers civils iraniens. Cette provocation a poussé les Iraniens à capturer à leur tour trois navires, démontrant au passage la fausseté des affirmations de Donald Trump et de son secrétaire à la guerre, Pete Hegseth, selon lesquelles la marine iranienne aurait été totalement détruite.
Les dirigeants iraniens ont aussi annoncé qu’ils ne négocieraient pas avec Washington et qu’ils n’ouvriraient pas le détroit d’Ormuz tant que les Américains maintiendraient leur propre blocus naval. Après avoir à nouveau agité la menace de frappes massives contre l’Iran, Trump a finalement annoncé… une prolongation unilatérale du cessez-le-feu !
Contradictions
Le comportement erratique du président américain s’explique par le fait qu’il se débat dans un amas inextricable de contradictions.
La guerre et le blocage du détroit d’Ormuz minent l’économie mondiale. Le baril de Brent est aujourd’hui à plus de 106 dollars, contre moins de 75 dollars à la veille de la guerre. Cette crise a d’ores et déjà miné les marchés et les industries du monde entier. Si elle se poursuit, elle finira par précipiter une nouvelle crise économique majeure à l’échelle mondiale.
Plus la guerre continue, plus elle fragilise Trump et son administration. La guerre est déjà rejetée par une large majorité de la population américaine. Les manifestations No Kings du 28 mars – contre Donald Trump – ont rassemblé plus de 8 millions de personnes. Cela en fait l’une des plus importantes mobilisations de toute l’histoire des Etats-Unis.
Sur le plan militaire, une nouvelle campagne de bombardements, un raid sur une île iranienne du Golfe Persique ou une autre opération de ce genre ne suffiront pas à vaincre militairement l’Iran. Pour l’emporter, les Etats-Unis devraient engager des troupes au sol à une échelle massive et dans des conditions extrêmement défavorables. L’Iran utiliserait tous les moyens à sa disposition pour riposter. Un nombre important de soldats américains seraient tués ou blessés, pour un résultat très hasardeux – sans même parler des effets que cela aurait sur l’économie mondiale et sur l’opinion publique américaine.
Enfin, la guerre fragilise les relations entre les Etats-Unis et leurs alliés. Les pays du Golfe ont été plongés par Washington dans un conflit qui a eu un impact brutal sur leur économie. En Asie orientale, les dirigeants sud-coréens, taïwanais et japonais assistent avec inquiétude à l’envoi, vers l’Iran, de moyens militaires américains qui servaient à contenir l’expansion chinoise.
Jusqu’à cette guerre, les dirigeants européens rivalisaient de servilité devant Donald Trump ; mais ils ont refusé de soutenir pleinement cette nouvelle aventure impérialiste, car ils en craignaient les retombées économiques et politiques dans leurs propres pays.
Tout ceci pousse Trump dans le sens d’un compromis négocié avec les Iraniens pour mettre fin au plus vite à ce conflit dévastateur. Mais de puissants facteurs poussent aussi dans le sens inverse, c’est-à-dire vers une escalade militaire.
Trump est soumis à la pression des dirigeants israéliens et de l’aile la plus interventionniste du parti républicain. Après les fiascos en Irak, en Afghanistan et en Ukraine, un compromis avec l’Iran serait aussi une nouvelle humiliation pour l’impérialisme américain. Ce serait une démonstration de son relatif affaiblissement, précisément au moment où il veut apparaître fort pour reconquérir « son » hémisphère (le continent américain) et tenir en respect la Chine et la Russie.
L’impérialisme américain se débat dans la toile de contradictions qu’il a lui-même tissées pendant des décennies. Assisterons-nous à une escalade militaire sans issue – ou à une nouvelle reculade dissimulée derrière des rodomontades plus ou moins délirantes de Trump ? Ces deux dernières semaines, Washington s’est orientée vers la deuxième option ; mais il est impossible de dire ce qu’il en sera dans les jours et les semaines qui viennent.
Lutte des classes
Quoi qu’il en soit, cette guerre a déjà des conséquences dramatiques pour les classes ouvrières du monde entier. Au Moyen-Orient, les travailleurs et les jeunes subissent les bombardements. Aux Etats-Unis, ils doivent se saigner pour payer les bombes, comme le résumait Donald Trump début avril : « Nous ne pouvons pas payer pour les crèches [car] nous sommes en guerre. » Partout, les bourgeoisies demanderont aux travailleurs de payer l’addition du réarmement et du chaos économique provoqué par cette guerre.
Nous devons lutter de toutes nos forces contre l’impérialisme. Le mouvement ouvrier doit exiger la sortie de la France de l’OTAN et la fin de tous les accords militaires avec l’impérialisme américain et ses relais au Moyen-Orient, à commencer par Israël. Il nous faut lutter contre notre propre impérialisme, celui du capitalisme français, qui a mené et mènera encore ses propres guerres de prédation en Afrique, au Moyen-Orient et ailleurs. Seule une lutte révolutionnaire contre le capitalisme et l’impérialisme peut ouvrir la voie à un monde débarrassé des guerres !

