Dans la nuit du 16 au 17 mars, une patrouille de la BAC a violemment agressé des jeunes à Noisiel, en Seine-et-Marne. Une vidéo, devenue virale sur les réseaux sociaux, montre une voiture de police qui s’arrête, puis quatre agents armés de LBD et de grenades qui en sortent et tirent en direction des personnes présentes sur le trottoir, avant de les frapper.
L’un des policiers s’écrie : « On va vous enculer, vous allez voir, vous êtes tous liés, tous ! ». Un passant en train de téléphoner est alors menacé au LBD, insulté, projeté au sol, roué de coups, avant qu’un policier ne fasse exploser une grenade lacrymogène sur son visage.
Parmi les victimes de cette agression – dont le caractère raciste est évident – se trouvait un jeune de 15 ans. Si cette fois une vidéo atteste des faits, ce type d’agressions policières est très fréquent dans de nombreux quartiers populaires.
Hausse des violences et des décès
Fondée sur des données du ministère de la Justice, une étude de l’ONG Flagrant Déni, en 2025, rapporte que le nombre d’affaires de violences commises par des « personnes dépositaires de l’autorité publique » a bondi de 700 en 2016 à 1110 en 2024, soit une hausse de près de 60 %. Ces chiffres ne sont que la pointe émergée de l’iceberg : l’écrasante majorité des cas n’est jamais signalée aux autorités judiciaires.
Les violences policières ont régulièrement des conséquences mortelles. L’agression filmée à Noisiel s’est déroulée deux mois après le meurtre, par la police, d’El Hacen Diarra, un Mauritanien de 35 ans. Selon une enquête du média Basta !, au moins 861 personnes sont mortes à la suite d’interventions des « forces de l’ordre » entre 1977 et 2022, dont 58 femmes et 86 mineurs. 565 de ces décès ont eu lieu depuis 2005. Alors que l’on comptait 10 à 20 morts par an dans les années 2000, ce chiffre a dépassé la vingtaine dans les années 2010, avant de franchir les 50 par an depuis 2020.
Le rôle de la police
Cette hausse des violences policières est liée à l’aggravation de la crise du capitalisme. Pour le comprendre, il faut saisir la véritable nature de l’Etat bourgeois. La police, la gendarmerie et l’armée constituent la colonne vertébrale de l’appareil d’Etat. Leur rôle fondamental est de défendre la domination de la bourgeoisie.
D’une part, la crise du capitalisme provoque une intensification de la lutte des classes, ce qui entraîne une hausse de la répression. Depuis 2016, les chiffres officiels indiquent notamment une augmentation des violences contre les mobilisations sociales : lutte massive contre la loi Travail (2016), mouvement des Gilets jaunes (2018-19), émeutes dans les banlieues (2005, 2020), etc.
D’autre part, les violences policières constituent l’une des expressions les plus aiguës du racisme inhérent au système capitaliste. La bourgeoisie alimente cette oppression pour garantir sa domination en divisant la classe ouvrière. Le gouvernement et les préfets ordonnent à la police de systématiser les interventions et les contrôles dans les quartiers populaires. Chauffés à blanc par les discours racistes dans lesquels ils baignent quotidiennement, des policiers multiplient les provocations et les violences, avant de rejeter la faute sur les jeunes des quartiers – qu’ils interpellent.
Cette stratégie permet à la bourgeoisie de maintenir la peur dans des quartiers frappés par la misère et le chômage. De plus, cette chasse à l’homme nourrit à son tour la propagande de la bourgeoisie : les interpellations gonflent les statistiques officielles sur l’« insécurité » dans les banlieues et donnent du grain à moudre aux réactionnaires de tous bords, qui associent délinquance et immigration. Mais parfois, des vidéos paraissent, comme celles de Noisiel, et rappellent que la violence vient d’abord de l’Etat.
Tous les appels à « réformer la police » sont vains : la classe dirigeante a besoin de s’appuyer sur une force raciste et violente pour conserver son pouvoir. Les dirigeants du mouvement ouvrier doivent cesser de semer des illusions sur la possibilité d’une « police républicaine » – sous le capitalisme – qui serait au service du plus grand nombre. Ils doivent organiser tous les travailleurs, quelles que soient leur origine et leur nationalité, dans une lutte déterminée contre le capitalisme et le racisme qu’il engendre.

