Le 18 août, après 57 jours de grève, les travailleurs du 115 de Paris, la plateforme téléphonique du Samusocial, ont arraché des avancées, notamment sur leurs conditions de travail. La grève des salariés a rencontré la solidarité du mouvement ouvrier et entraîné des familles sans logement dans la mobilisation. Elles aussi ont remporté des victoires.

Une lutte exemplaire

La plateforme du 115 compte 53 équivalents temps plein (ETP). Ces travailleurs répondent aux appels des personnes sans-abri et les orientent vers les places d’hébergement disponibles. Les conditions de travail sont particulièrement difficiles, comme le raconte une gréviste interviewée par Basta ! : « On fait des journées de 8 heures 45 avec 45 minutes de pause le midi. Au total, on doit passer environ 7 heures 30 à répondre au téléphone à des personnes qui cherchent un logement, qui subissent des viols, des violences de la rue… et nous sommes celles qui doivent leur dire qu’il n’y a pas de places d’hébergement pour elles. »

Alors que les salariés se réunissaient en assemblée générale, courant juin, ils ont appris que l’Etat allait supprimer 1200 nuitées d’hôtel pour le 115. Cette décision intervenait alors même qu’ils étaient (et sont toujours) confrontés à un manque dramatique de places pour loger les sans-abri. Cette annonce a mis le feu aux poudres : l’assemblée générale a voté la grève reconductible à partir du 23 juin, avec installation d’un piquet de grève devant le siège du Samusocial dans le 13arrondissement.

Durant les 57 jours de grève illimitée, 10 salariés en moyenne étaient en grève chaque jour. 50 à 70 salariés se sont mis en grève lors de chacune des cinq grandes journées de mobilisation rythmées par des manifestations, des rassemblements et des soirées de soutien.

À partir du 15 juillet, avec le soutien des grévistes, l’association Utopia 56 a organisé l’occupation du parvis devant le siège du Samusocial par des familles sans logement. Jusqu’à 450 personnes, dont environ 200 enfants, ont rejoint l’occupation. La mobilisation a reçu rapidement le soutien de nombreuses organisations, dont la CGT, Solidaires, la France insoumise et le Droit au logement (DAL), qui participent aux différentes actions organisées par les grévistes.

Le combat continue

La préfecture a répondu par la répression. Le 13 août, la police a été envoyée chasser les occupants du parvis. Cela n’a pas découragé les manifestants : 253 personnes, dont 70 enfants, se sont réinstallées le jour même devant la mairie du 3e arrondissement.

Le 18 août, un protocole de fin de grève a été signé par les grévistes. Une prime annuelle de 150 euros brut sera versée aux salariés du 115 pour la suractivité liée au plan Grand Froid. La direction a également formulé plusieurs engagements : soumettre au vote la hausse d’une prime mensuelle, de 30 à 125 euros ; défendre une hausse des salaires devant le conseil d’administration ; mais aussi améliorer les conditions de travail. Elle a notamment promis d’appliquer une disposition qui existait déjà, mais n’était pas respectée : 45 minutes quotidiennes sans appels, pour permettre aux travailleurs de se réunir et d’échanger sur les situations complexes.

Tout ceci reste pourtant à l’état de promesses. La CGT Samusocial a raison de souligner dans son communiqué : « Nous resterons vigilants sur la mise en œuvre de ces mesures. » Comme l’a montré cette lutte, seuls la grève et le rapport de force peuvent faire reculer une direction.

L’occupation du Samusocial a aussi permis d’obtenir 170 places d’hébergement avant que, le 22 août, la Ville de Paris soit finalement contrainte de mettre à l’abri les 253 personnes qui occupaient le parvis de la mairie du 3e arrondissement. Comme l’explique Utopia 56 dans un communiqué du 23 août : « Il aura fallu plus d’un mois pour aller arracher, par la lutte, un droit pourtant inscrit dans la loi, celui d’un simple accès à un toit. Ces personnes n’auraient jamais dû avoir à se battre pour un abri. »

Le droit à l’hébergement d’urgence pour tous est en effet inscrit dans la loi. Mais sous le capitalisme, le droit formel est régulièrement piétiné par la classe dirigeante. Celle-ci impose des politiques d’austérité pour défendre ses profits, quitte à laisser des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes à la rue.

Garantir un véritable accès au logement impliquerait de réquisitionner des millions de logements vides qui servent à la spéculation ainsi que construire des logements sociaux décents, à la hauteur des besoins. Cela ne correspond pas aux intérêts de la classe dirigeante, qui s’y opposera de toutes ses forces : il faudra l’exproprier !

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