À la fin de l’été 2024, la direction de Thales Alenia Space, filiale spatiale du groupe Thales, annonçait un plan de suppression de 1300 postes. La lutte contre ce plan est toujours en cours : nous avons échangé avec Thomas Meynadier, élu à la CGT Thales Alenia Space.

Intensification de l’exploitation

Le plan social avait surpris de nombreux travailleurs : les carnets de commandes de Thales Alenia Space étaient remplis et assuraient du travail à l’ensemble du personnel. Mais le secteur spatial a été bouleversé par l’irruption de Starlink, l’entreprise d’Elon Musk. Le groupe Thales préfère anticiper d’éventuelles pertes et investir à court terme dans ce qui rapporte le plus aujourd’hui : l’armement. Alors que le plan prévoit 1300 suppressions de postes chez Thales Alenia Space, le groupe annonçait début février 2026, son objectif d’embaucher 3300 personnes dans la défense.

Pour réaliser des économies d’échelle sur le spatial, la direction met en avant le projet BROMO, qui vise à fusionner trois mastodontes européens du spatial : Thales Alenia Space (TAS), Airbus Defence and Space (ADS) et Leonardo. « Le plan de suppression de postes servait à faire de la casse sociale en amont de cette fusion » explique Thomas, « Airbus Defence & Space a d’ailleurs connu un plan similaire. Les activités d’ADS et de TAS étant en doublon, cette fusion purement horizontale n’a, en réalité, pour seul objectif que de créer un monopole afin d’augmenter leurs profits. »

A la suite de l’annonce du plan chez Thales Alenia Space, une expertise sur la santé et les conditions de travail, mandatée par le Comité social et économique (CSE), a révélé que de nombreux travailleurs étaient épuisés – alors que les suppressions de postes n’avaient pas encore commencé.

À cela s’est ajoutée une communication particulièrement anxiogène de la part de la direction : « Certains chefs de service ont organisé des réunions pour annoncer à leurs équipes qu’ils ne gardaient que certaines personnes “réellement” indispensables et invitaient le reste à se trouver d’autres projets. C’était extrêmement violent. », explique Thomas.

La CGT et la médecine du travail ont alerté sur la dégradation de l’état de santé des salariés. La direction s’est limitée à proposer des formations à la gestion du stress et à mettre à disposition un psychologue.

En juin 2025, alors que 700 postes avaient déjà été supprimés sur les 1100 prévus, les arrêts pour surmenage se multipliaient. C’est dans ce contexte qu’un salarié – particulièrement éprouvé à cause du plan – a eu une conduite suicidaire : « à ce moment, on s’est dit que ce n’était plus possible, et on a décidé d’attaquer notre direction en justice pour mise en danger des salariés. », raconte Thomas.

Lutte des classes

« Depuis l’annonce du plan, on a communiqué auprès des salariés pour contrer le discours de la direction et pouvoir les mobiliser. » Le mouvement s’est intensifié à l’occasion des négociations annuelles obligatoires (NAO) du groupe, en avril 2025. La direction proposait alors… 0 % d’augmentation. Une mobilisation d’une ampleur inédite, alimentée notamment par des grèves reconductibles sur les sites de Toulouse et Mérignac, a abouti au gel du plan de suppression de postes pour les métiers directement liés au spatial chez Thales Alenia Space.

La CGT a saisi le tribunal pour exiger l’annulation pure et simple du plan social. En décembre dernier, le tribunal a statué sur la seule extension du gel aux métiers de support (administratif, RH, comptabilité, etc.). Comme le résume Thomas : « le juge a dit qu’en fait, le corpus législatif actuel ne lui permettait pas d’arrêter définitivement le plan de suppression de postes. Parce que c’est la liberté d’entreprendre ». Effectivement : la loi est faite pour défendre les profits du patronat, même si ces profits se font au détriment des vies des salariés. Les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs propres forces – et sur la grève – pour empêcher ce plan social.

En dernière analyse, seule la nationalisation de Thales sous le contrôle de ses salariés pourra stopper la désindustrialisation et les plans de licenciements. Les savoir-faire de ces salariés hautement qualifiés pourraient ainsi être réorientés vers une production socialement utile, au lieu d’être mobilisés pour la destruction et les massacres.

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